Les Souvenirs de Marie Taglioni

Véritable événment bibliographique, les éditions Gremese publient l’intégralité des Souvenirs de la célèbre danseuse du XIXe siècle, créatrice du rôle de La Sylphide.

Le livre, d’une édition très soignée, est en deux parties. La première ressemble à une véritable intrigue policière qui pourrait s’appeler : sur la trace des mots de Marie. Elle raconte en effet comment Bruno Ligore (lire notre interview), doctorant en danse à l’Université Côte d’Azur, a recherché et trouvé le manuscrit original de ses Souvenirs. C’est d’autant plus passionnant que ce récit croise les chemins tortueux des archives et de leur transmission, mais aussi de l’Histoire et de ses viscissitudes, sachant que le manuscrit original « disparaît » en 1942 au profit d’une version modifiée signée Léandre Vaillat, avec la bénédiction de Serge Lifar.

La deuxième partie, qui est donc constituée exclusivement des manuscrits de Marie Taglioni est un vrai régal. Elle avait le style simple et le regard aigu. Elle évoque sa vision du monde et sa perception d’elle-même. Née en 1804 à Stockholm, la célèbre ballerine traverse toute l’Europe, parle de nombreuses langues, et raconte la vie culturelle de la première moitié du XIXe siècle. Il n’y a pas la moindre emphase dans ses récits, souvent tournés avec humour, très ancrés dans le quotidien d’une famille d’artistes : son père était danseur et chorégraphe, sa mère chanteuse, son frère danseur, etc.

Il y a bien sûr les renseignements précieux sur son travail de danseuse, notamment sur les applombs travaillés pendant deux heures, où la danseuse devait tenir la pose sur un pied en comptant jusqu’à cent. On voit donc naître sous nos yeux la ballerine romantique, telle que son père, Philippe Taglioni l’a inventée. On y croise Jean-François Coulon, qui a contribué certainement au développement des « pointes ». Et surtout l’on voit défiler les grandes figures artistiques ou politiques de l’époque, du Comte Fersen à l’Aiglon, Napoléon 1er et Napoléon III, Gardel, Mazurier, Aumer, les sœurs Elssler… tous les noms qui résonnent aux oreilles des amoureux du XIXe siècle, et aux spécialistes de la danse.

Le livre est illustré de très belles photos d’objets ayant appartenus à Marie Taglioni, pour certains de véritables reliques, conservés dans les réserves du Musée des Arts décoratifs et jamais publiés.

Agnès Izrine

Marie Taglioni « Souvenirs ». Edition établie, présentée, et annotée par Bruno Ligore. Editions Gremese . 35 €

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