Les Philébulistes: « Hallali ou la 5ème de Beethov' »

Le nouveau spectacle des Philébulistes aborde le cirque chorégraphique comme une traversée maritime et aérienne.

Symétrique, métallique, magnifique. La très spectaculaire scénographie donne une idée de ce que pourrait être une jonque asiatique construite par Gustave Eiffel. Les Philébulistes lui offrent un équipage plus baraqué encore que des matelots. Ils font face à des passagers qui se jettent à l'eau de temps en temps, la baignade se faisant par plongées dans le filet de sauvetage qui sous-tend la structure.

Photos : Niels Benoist

Aussi, leur bateau traverse une mer de spectateurs. Des centaines de transats de chaque côté ont fait de ce moment, dans la Nef Sud de la Grande Halle de La Villette, une croisière à travers nos rêves, d'autant plus que la bascule coréenne est un agrès hautement impressionnant. Dans une bascule coréenne, le porteur s'attache par le ventre et tourne tel un moulin à eau pour lancer le voltigeur dans une figure aérienne et le rattraper à la fin de son vol. Ici, deux porteurs se font face, pour s'envoyer mutuellement les voltigeurs qui traversent l'espace aérien en sauts périlleux. Ils quittent les mains du premier pour "atterrir" dans celles du second. Ou bien ils tombent, ce qui arrive ici assez fréquemment, mais sans danger puisque toute chute finit dans l'énorme filet.

Reste à créer un spectacle qui puisse rivaliser avec son cadre, et c'est là que le naufrage a lieu. La dramaturgie est d'une incohérence comme on l'a rarement vu. Pathétiques, les blagues pubertaires et autres régressions. Inopérante, l'idée de représenter, par la bande son uniquement, les cinq acrobates comme les musiciens d'un orchestre en train de s'échauffer, tout en alternant avec des rythmes électroniques racoleurs, pour finir sur les mesures phares de la Ve de Beethoven. Un non-sens total, l'apparition des deux têtes de cerf et des chasseurs qui ne servent qu'à justifier le titre: Hallali, ou la 5ème de Beethov'. Comme si on pouvait remplacer un spectacle par son titre...

Les rares tableaux chorégraphiés avec fluidité, harmonie et sens du rêve ne peuvent que frustrer davantage. Les Philébulistes savent donc écrire pour le cirque, alors pourquoi y mêler autant de fausses bonnes idées sans fondement ? Les quelques instants réussis, entre suspensions apparentes en plein vol et escalades au ralenti ne suffisent pas pour faire pencher la balance. Le problème, déjà constaté dans Arcane, spectacle fondateur des Philébulistes, s'affirme et s'accentue. Maxime Bourdon et Boris Lozneanu construisent des agrès scénographiques originaux, créatifs et de grande beauté, mais peinent à trouver une écriture du mouvement convaincante.

 

Thomas Hahn

14 avril 2015 Grande Halle de La Villette

 

Hallali, ou la 5ème de Beethov'

Synopsis : Maxime BOURDON, Jean-Michel GUY

Interprètes : Maxime BOURDON, Basile FOREST, Luke HORLEY, Vivien LE FLOCH, Audrey LOUWET (2014), Paul MENNESSIER (2015), Arne SABBE

Mise en oeuvre: Jérôme THOMAS (2014), Pierre LETESSIER (2015)
Son, musique : Hyacinthe MAZE (2014), Marc CIXOUS (2015)
Costumes : Solène CAPMAS (2014), Floriane SOYER (2015)
Lumières : Laure ANDURAND
Dir Technique : Marc CIXOUS
Régie plateau : Matthieu ROUQUETTE
Diffusion : Jean-François PYKA
Administration : Floriane SOYER

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