Les Ballets de Monte-Carlo en compagnie de Jiří Kylián

Fêter son anniversaire avec Jiří Kylián est un privilège. Surtout lorsque ce dernier vous concocte, en guise de cadeau surprise, une de ces pièces « de circonstance » dont il a le secret. Heureux donc les Ballets de Monte-Carlo qui, pour souffler leurs trente bougies, ont eu le bonheur d’interpréter un programme composé de quatre opus dont une création, entièrement élaboré par le maître.

Depuis plus de vingt ans, ce dernier entretient avec Jean-Christophe Maillot, directeur de la compagnie, une riche complicité artistique. Née en 1990 à l’occasion de la création d’After All, chorégraphié par Maillot pour le Nederlands Dans Theater, leur amitié s’est nourrie de rencontres régulières et de leur commune situation de « chorégraphes avec muse » (Sabine Kupferberg pour l’un et Bernice Coppieters pour l’autre). Neuf œuvres de Kylián figuraient déjà au répertoire de Monte-Carlo, dont Bella Figura repris en ouverture de ce programme anniversaire. Mais entre temps, comme le précise Jean-Christophe Maillot, la troupe de danseurs s’était largement renouvelée et la nouvelle distribution n’avait jamais dansé le ballet.

Les trois autres pièces étaient de véritables entrées au répertoire : le magistral Gods and Dogs, donné la saison dernière au Théâtre des Champs-Elysées par le Ballet National de Norvège, Chapeau, créé en 2005 pour le 25e anniversaire de règne de Béatrix de Hollande, et last but not least Oskar, bref film réalisé un mois plus tôt et mettant en scène Jean-Christophe Maillot et Bernice Coppieters.

Si cette dernière, aujourd’hui maître de ballet principal, est une toute fraîche retraitée de la scène depuis ses adieux fin 2014, Jean-Christophe Maillot de son côté ne s’était pas glissé dans la peau d’un interprète depuis… vingt-deux ans ! C’est dire combien était attendu leur duo, ou plus exactement leur trio grâce à la présence frétillante du petit chien noir du couple qui donne son nom à cet intermède. « Il nous est vite apparu que pour fêter les trente ans de la compagnie, le mieux était de ne pas se prendre au sérieux », confie Maillot. « Nous avons donc choisi une forme humoristique, et joué avec l’image ».

Galerie Photo © Alice Blangero

De fait, on assiste à une joyeuse pochade où les deux complices vêtus de noir - chemise pantalon contre tutu long - alternent jeux de séduction, piques, œillades et coups bas dans un rythme effréné, à la façon d’un film muet des débuts du cinéma. Perruque décalée et fesses dans la crème du gâteau comprises ! Plaisir supplémentaire, ce pas de deux a été chorégraphié sur Cream, de Prince, quelques jours seulement avant la mort du musicien, « par une « coïncidence troublante ou caprice de ce qu’à défaut de comprendre, nous nommons hasard… » selon les mots de Kylián et Maillot. Il est toutefois permis de regretter que cette savoureuse friandise n’ait pas été représentée live, même si bien évidemment, sa forme filmée lui assure désormais une éternelle longévité.

La belle compagnie des Ballets de Monte-Carlo interprétait avec fougue et générosité le reste du programme : un Bella Figura vibrant, moins troublant que d’ordinaire mais porté par la fougue de la jeunesse; Gods and Dogs magnifiquement dansé, notamment par Lucas Threefoot dans le solo final. Et enfin Chapeau, la seconde « pièce d’occasion » de la soirée, imaginée par Kylián il y a onze ans pour le jubilée de la reine Beatrix. La troupe, dûment chapeauté d’exactes copies des couvre-chefs royaux, y excellait dans le déhanché et le détournement des codes de la revue, toujours sur des airs de Prince. Une pétillante conclusion pleine de panache pour cette birthday party.

Isabelle Calabre

Du 28 avril au 1er mai, Grimaldi Forum, Monaco.

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