« Les Achilles » face au phare de Biarritz

Danse de rue avec la compagnie Tango Sumo au Temps d’Aimer : Un rituel de lutte solidaire.

Les Achilles de Tango Sumo résument bien la dialectique inhérente au nom de cette compagnie : Les arts de la lutte à la croisée de la danse. « Tango Sumo est né dans un ring de boxe et est aujourd’hui la plus diffusée des compagnies de danse de rue », affirme Olivier Germser, fondateur et toujours chorégraphe de la compagnie. 

Les trois Achilles dont il est question ne sont peut-être qu’un seul, tellement ils se défient dans un esprit solidaire et organique, comme s’il s’agissait de mettre en jeu leurs forces musculaires dans un effort partagé, comme pour arracher, ensemble, quelques concessions à un pouvoir supérieur.

A cela, il y a certains précédents. Dans le tango, à Buenos Aires, à l’époque où les Européens fuyaient la pauvreté à la recherche d’un El Dorado argentin, le manque de partenaires féminins faisait que les hommes s’entrainaient ensemble. Cette complicité a souvent été interprétée comme une façon de régler des comptes entre truands. Aujourd’hui on trouve un schéma comparable en hip hop où on se défier pour avancer ensemble. Les Achilles transpose cet esprit, que l’on pourrait encore assimiler à la Capoeira, dans l’univers des lutteurs.

Après des pièces plutôt théâtrales et burlesques, Germser est revenu à une danse qui se frotte directement au bitume et jette les corps dans une bataille soutenue, d’un bout à l’autre. Dans Around [Lire notre critique] il explore la vitesse. Dans Les Achilles, sa dernière création en date, il creuse la lenteur et le contact. Around se danse dans une énergie de groupe, sans que les danseurs se touchent. Dans Les Achilles chacun a besoin des appuis que lui offrent ses partenaires.

Galerie photo © Thomas Hahn

Chacun se construit à travers le poids et la force de l’autre. Dans Around, dansé sur un carré urbain tel un parking, la violence est dans l’air, mais le conflit n’éclate pas. Les Achilles, dansé dans un ring circulaire et métaphorique, s’imbibe de complicité pour détourne la violence inhérente à la lutte.  Et puis, avec le phare de Biarritz en arrière-fond, cette joute mythologique renvoie soudainement aux sports basques ou autres traditions et terroirs.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 10 septembre 2017, rues de Biarritz, festival Le Temps d’Aimer

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