Le Printemps de la danse arabe #1

Nidal Abdo et le collectif Nassaf, Akeem H. Ibrahim de la Compagnie Uni’Son, et Salim Mzé Hamadi Moisi et la Cie Tché-za, ont ouvert à l’IMA la première édition du Printemps de la danse arabe.

Après un premier ballon d’essai en 2018, la danse arabe fête cette année l’an 1 de son festival. Le but : présenter sur sept lieux parisiens partenaires, dont le théâtre de Chaillot pour Le Lac des Cygnes de Radhouane El Meddeb, un paysage artistique et chorégraphique qui va de l’Egypte aux Comores. C’est à l’Institut du monde arabe que se tenait le 22 mars dernier l’ouverture de la manifestation avec un triple bill réunissant le collectif Nassaf, et la Cie Tché-za. On peut regretter le caractère exclusivement masculin de cette proposition… et se rassurer en constatant que dès le surlendemain, la Tunisienne Aïcha M’Barek reprenait avec Hafiz Dhaou leur fameux solo à deux, Kawa, tandis que l’Egyptienne Shaymaa Shoukry présentait son Portray, avant d’offrir quelques jours plus tard, dans Fighting, la restitution provisoire de sa résidence de création au Centquatre.

Né dans un camp de réfugiés en  Syrie et membre de L’Atelier des artistes en exil, le chorégraphe Ukraino-palestinien Nidal Abdo lançait le bal. Sur un thème douloureux et d’actualité - vivre et se reconstruire après la guerre, dans un passé aboli et un futur incertain -, Et si demain ne révolutionnait pas le genre mais se voyait avec intérêt. Torse nu et pantalon large blanc, quatre hommes alternaient les figures d’ensemble et les échappées à un contre trois, dans une gestuelle de domination et d’exclusion fréquemment illustrée de ce côté-ci de la Méditerranée. Leurs mouvements des bras et du bassin, sensuels et puissants, évoquaient une danse soufie qui offrait un contrepoids de douceur à la violence suggérée des conflits.

Plus original, indéniablement, était le solo suivant, Jusqu’à L, qui avait fait l’objet d’une première française en janvier dernier au festival Suresnes cités danse. Issu de la culture hip hop, son auteur Akeem H. Ibrahim alias Waskho, né aux Comores et grandi en France, s’affirme depuis quelques années comme un danseur de premier plan. Il a d’ailleurs été membre de plusieurs compagnies de renom, comme EthaDam ou Choream, avant de fonder en 2008 la Cie Uni’Son.

Osant le noir et le silence, il débute sa performance dans une obscurité progressivement trouée de quelques lueurs de bougies. Des chuchotements puis des mélopées s’élèvent pour accompagner ce qui s’avère un véritable pas de deux avec la lumière. Celle-ci, présence à part entière, est d’abord alliée, puis hostile quand l’homme entreprend de la dominer. On en revient là aux premiers temps de l’humanité et à la fascination originelle pour le feu, source de chaleur et de vie.

L’interprétation d’Akeem H. Ibrahim donne à cette confrontation un caractère quasi hypnotique. Vêtu d’un jean, torse nu, il joue et danse avec les lampes torches descendues des cintres. Alternant mouvements de bras et figures au sol, mêlant break dance et inspirations africaines, il fait montre d’une virtuosité saisissante. Dommage que la fin, trop étirée, ne finisse par diluer l’attention dans des séquences inutiles et une vidéo surgie de nulle part.

Soyons fous, découvert lui aussi à Suresnes cités danse 2019, clôturait le programme. Mis en scène par le Comorien Salim Mzé Hamadi Moisi dit Seush, fondateur de la première compagnie de hip hop comorienne, quatre danseurs faisaient preuve d’une belle agilité gestuelle empruntant à l’acrobatie et au krump. Résumé par son titre, le thème de la pièce autorisait, il est vrai, toutes les libertés. Y compris celle d’ouvrir son propos sur les dos nus de trois danseurs dont les mouvements coordonnés finissaient par composer un seul et même corps étrange et beau.

Sans éviter quelques lieux communs chorégraphique, l’énergie joyeuse des interprètes avait au moins le mérite d’inviter de façon communicative à oser « changer tout », selon le but affiché de la pièce. Message reçu !

Isabelle Calabre

Visionner nos entretiens

Vu à l’Institut du Monde arabe (IMA) le 22 mars 2019.

Autres spectacles
5 juin à l’Atelier de Paris/ CDCN dans le cadre de June Events,
17 au 28 juin au Centre national de la Danse à Pantin.

 

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