« Le Jeune Noir à l’épée » d' Abd Al Malik et Salia Sanou

Rappé par Abd Al Malik et chorégraphié par Salia Sanou, Le Jeune Noir à l’épée était programmé par le musée d’Orsay en marge de la passionnante exposition consacrée au « Modèle Noir de Géricault à Matisse ».

Tout commence, il y a quelques mois, par une rencontre ; ou plutôt un enchaînement de rencontres. Tout d’abord celle de Luc Bouniol-Laffont, directeur de la programmation culturelle du musée d’Orsay, avec le rappeur et poète Abd Al Malik. Le premier est en train de réfléchir aux propositions artistiques susceptibles d’accompagner la prochaine grande exposition du musée, consacrée au « Modèle noir, de Géricault à Matisse ». Le second ambitionne d’écrire un long poème sur le thème de l’identité. Les deux hommes se rassemblent autour d’un désir commun : créer un spectacle inspiré par les thèmes et les œuvres de l’exposition.

La rencontre suivante est d’ordre artistique : reparti de ce premier rendez-vous avec un choix de reproductions des œuvres bientôt exposées, Malik tombe en arrêt devant un tableau de Puvis de Chavanne, Le Jeune Noir à l’épée. Ce portrait, dont il reprendra le titre pour sa performance, va déterminer le choix des textes slamés sur scène qui illustreront le parcours d’un jeune homme noir et rebelle, entre cités de banlieue et aspiration à un monde meilleur.

Vient enfin le troisième point de contact favorisé cette fois par Claire Verlet, adjointe à la programmation au Théâtre de la Ville dont Abd Al Malik est cette saison l’artiste ambassadeur. Informée du projet, elle suggère à ce dernier de prendre contact avec le chorégraphe Salia Sanou, qui va donner magnifiquement corps à cette traversée poétique, musicale et picturale.

Le résultat est une forme totalement originale associant texte, musique, danse et peinture, cette dernière sous forme de reproductions projetées en fond de scène. Tandis que Abd Al Malik scande alternativement ses propres textes et quelques poèmes de Baudelaire, quatre danseurs - formidables - interprètent une chorégraphie de lutte et de résistance. Dans chaque pose, dans chaque geste s’affirme une façon de magnifier les corps dans l’espace qui renvoie au passionnant parcours iconographique proposé à quelques mètres au-dessus de l’auditorium.

On croit même par moments voir s’incarner sur scène quelques fragments des tableaux de Géricault ou de Delacroix admirés plus haut. Issus du hip hop, les danseurs, excellents, épousent les lignes tantôt sensuelles tantôt heurtées d’un parcours rythmé par seize titres du rappeur, parmi lesquels Gibraltar, Les Autres, et en final Eux.

Après la représentation, un échange avec les artistes a permis à chacun d’expliquer sa démarche et de répondre aux questions de la salle. Bonne nouvelle, la performance, adaptable à tous types de lieux ou de salles, sera bientôt reprise en tournée.

En attendant, on reviendra à l’Auditorium les 23 et 24 mai prochains pour applaudir Germaine Acogny dans Mon Elue Noire d’Olivier Dubois. D’autant que, comme il a été annoncé, ce sera la dernière occasion d’applaudir ce solo devenu mythique qui achèvera ici sa diffusion, après une tournée triomphale dans le monde entier.

Vu le 7 avril 2019 à l’Auditorium du musée d’Orsay à Paris.

Isabelle Calabre

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