Le festival (Des)Illusions au Monfort

L’édition 2018 du rendez-vous cirque-danse-théâtre investit les scènes du Monfort du 8 au 25 mars.

A vouloir déduire de son titre que (Des)illusions est un festival de magie, on serait vite désillusionné. Par contre, on aura bien flairé la forte présence des arts du cirque dans cette manifestation au Monfort, et on n’aura pas tout à fait tort par rapport au titre, puisque lors de la première édition, en 2014, la magie était l’un de quatre arts fondateurs de l’identité de ce rendez-vous de plusieurs semaines, une biennale imaginée par Laurence de Magalhaes et Stéphane Ricordel, aux commandes du Monfort depuis 2009. Les anciens directeurs de la compagnie Les Arts Sauts comptent parmi les meilleurs amis des arts de la piste dans Paris intra-muros.

Le spectacle le plus chorégraphique sera paradoxalement Magnétic, un quatuor de jongleuses. Jérôme Thomas, le fameux fondateur de la mouvance du jonglage contemporain, reprend ici l’un de ses premiers succès, à l’origine interprété par des hommes. Très graphique, Magnétic renforce le geste jonglé en matérialisant les trajectoires des balles, ici suspendues à des élastiques. Trajectoires habituellement invisibles, voire potentielles, avec, justement, une belle part de l’art circassien qu’est la magie.

Du regard poétique à un regard complètement décalé sur le jonglage : La compagnie Ea Eo applique une bonne dose d’autodérision flamande dans un sens de l’absurde qui va jusqu’à résumer leur discipline en affirmant que « jongler rallonge l’espérance de vie et rend les animaux super-sympas ». Leur quintette s’intitule All The Fun. A voir et à débattre par la suite : Le titre est-il à prendre au premier, au deuxième ou au troisième degré? Leur tour de piste parfaitement absurde s’intitule Dad is Dead. Historie de dire qu’il faut maintenant grandir et agir, au lieu de passer les nuit à débattre ?

D’autres jonglent avec leurs propres corps, alors qu’ils sont assis sur leur vélo arcobatique. Mathieu Despoisse et Arnaud Saury (Cie Mathieu Ma Fille Foundation) tournent en rond pour meiux refaire le monde, dans un dialogue à bâtons rompus, sans s’en mettre dans les roues. Leurs acrobaties sont une sorte de yoga, pour mieux aller au fond de soi-même et de l’autre. Par l’engagement du corps et de l’équilibre, ils questionnent le sens de l’engagement politique tel qu’il se conçoit aujourd’hui. Arnaud Saury en tout cas, poursuit le débat, avec un autre partenaire, Olivier Debelhoir, dans Manifeste, toujours entre acrobatie et philosophie au quotidien, tels de nouveaux Bouvard et Pécuchet.

Le Cadre aérien est l’agrès de Daniel Ortiz et Josefina Castro avec Ningunapalabra dans une très belle chorégraphie aérienne, qui raconte une relation de couple dans un espace à la fois restreint, par les dimensions de la plateforme, et infini, par l’absence de tout mur les entourant.

(Des)Illusions entretient une belle amitié avec Le Sujet à Vif, grand incubateur avignonnais de rencontres pluridisciplinaires sous l’égide de la SACD. Membre fantôme de et par Michaël Phelippau [notre critique] y a vu le jour autant que Bâtards du circassien Mathieu Desseigne et Michel Schweizer, artiste au-delà des disciplines mais venant de la danse.

Pour augmenter davantage la porosité entre les genres, on pourra aller s’étonner devant Silvia Calderoni, bête de scène inclassable qui ajoute à l’indéfinition artistique et des esthétiques la revendication d’une identité sexuelle libre, au-delà des catégories du masculin et du féminin. Ça donne le solo MDLSX, ici classé « théâtre » alors qu’on est peut-être plus proche d’une chorégraphie fusionnelle entre  corps, lumière et son.

On y retrouvera aussi Au Galop!(Autobiographie d’une danseuse sous un cheval), le récit de et par Stéphanie Chène, mise en scène par Pierre Guillois, récit autobiographique du sort d’une danseuse victime d’un grave accident de cheval qui reproduit sur scène la sensation d’une chute traumatisante. Dans Au Galop !, danse, cirque et théâtre se traversent mutuellement et en profondeur [notre critique].

(Des)Illusions permet, jour par jour, au spectateur de se créer un parcours, à travers les différentes propositions de la journée, choisissant entre six, sept voire plus de spectacles présentés dans les différents  lieux du Monfort.

Thomas Hahn

Du 8 au 25 mars 2018

http://www.lemonfort.fr/programmation/festival-desillusions-2018

 

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