Le Festival d’Aurillac 2017

Du 23 au 26 août, le In du Festival d’Aurillac propose dix-sept spectacles, dont plusieurs à forte teneur chorégraphique. 

La perméabilité des arts de la rue à la dimension chorégraphique n’est plus à prouver. Et pourtant, le Festival d’Aurillac revient à l’appellation « Festival international de théâtre de rue ». Ce qui n’empêche en rien la participation de nombreux artistes chorégraphiques aux dix-sept spectacles du In, et aux six-cent du Off. Avec Teatro del Silencio, Theater Titanick et Compagnie Off, trois ensembles emblématiques dominent l’édition 2017.

Cet Avignon des arts de la rue a toujours ouvert ses portes à la danse. Comme le  dit Jean-Marie Songy, le directeur du Festival d’Aurillac : « Ici, c’est une concentration d’inventions littéraires, théâtrales, chorégraphiques, musicales et graphiques en tout genre, une ode générale à la conversation à toute heure du jour et de  la nuit... » Et il proclame une « édition 69 pour faire l’amour, pas la guerre ». Pendant ce temps, la polémique enfle autour des contrôles « de sécurité » qui prennent la forme de barrages autour du centre-ville et contredisent l’esprit libertaire des arts de la rue.  

François Chaignaud dans un parking souterrain

On sait que François Chaignaud explore toutes les configurations, du plateau frontal au face à face avec un seul « spectateur ». Et pourtant, sa venue au Festival d’Aurillac est plutôt inattendue. Joli coup de Jean-Marie Songy qui invite Chaignaud avec « Radio Vinci Park », son duo avec le plasticien Théo Mercier et la claveciniste Marie-Pierre Brébant, un rituel chorégraphique fait de scènes de domptage, de parade amoureuse, d’enlèvement et de duel. Développé à la Ménagerie de Verre de Paris, il se déroule dans un parking souterrain, et a donc toute sa place dans un festival des arts de la rue.

Roméo en voiture bélier

L’une des grandes premières de cette édition est Wild Side Story par la Compagnie Off. Où Roméo et Juliette rebondissent dans le monde contemporain, encore sous l’empreinte de leur apparition dans West Side Story. La Compagnie Off et son directeur Philippe Frelon réunissent cinq danseurs, sept comédiens et cinq traceurs, un coordinateur cascades, trois « pilotes cascades » et un « coordinateur parkour » qui n’est autre qu’Antoine Le Ménestrel, grand pionnier de la danse-escalade qui a connu la frayeur et le privilège d’escalader les quarante mètres de la Cour d’honneur à Avignon, dans une création de Romeo Castellucci, dont Jérôme Bel avait repris ce solo spectaculaire dans Cour d’honneur, en 2013.

Le parkour, enfin

Le parkour, initialement appelé free running ou art du déplacement, art acrobatique et spectaculaire, poétique et solidaire, né dans l’espace urbain des villes nouvelles, est enfin invité à rejoindre la grande scène des arts de la rue. Dans une urbanité très contemporaine, le duel entre Thybalt et Mercutio se déchaîne sur des capots de voitures-bélier qui foncent l’un vers l’autre. Exubérance shakespearienne en rodéo de voitures… Où Roméo et Juliette se suicident ensemble, dans « le saut de la mort en automobile ».

Manger un artiste?

La compagnie Ilotopie, qui fait partie des grands créateurs en arts de la rue avec bientôt quarante ans au compteur, emmène le spectateur bien plus loin encore, vers lui-même. Manger un acteur? Oui, dans La recette des corps perdus, c’est en quelque sorte de cela qu’il s’agit. Le menu du jour, œuvre du chef cuisinier Cyrille Bailly, est à picorer directement sur le corps des actrices et acteurs. Quand le maître de cérémonie découpe leurs costumes, il dévoile chez chacun(e) de drôles d’excroissances corporelles. Par leurs textures, leurs odeurs et leurs goûts, les mets proposés sont indéfinissables mais bien sûr réjouissants. Ce corps à corps gastronomique touche à la séduction autant qu’au cannibalisme.

Et dans le Off?

Relevons des « compagnies de passage » (selon la terminologie inventée sur place) comme Tango Sumo, Etadam, Pied en Sol et les Espagnols de Del Reves avec leur danse verticale, l’une des références de ce genre de danse sur façades de bâtiments, spectaculaire et poétique. On y verra aussi une nouvelle mouture des Impromptus chorégraphiques de Fritchi Concept (lire notre article) et on retrouve Patrice de Benedetti avec son solo Jean, déjà remarqué et signalé dans nos colonnes .

Thomas Hahn

www.aurillac.net

 

 

 

 

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