Le Dansoir de Karine Saporta débarque en Normandie

A Ouistreham Riva-Bella, Le Dansoir s’installe sur la place du marché pour créer une nouvelle dynamique culturelle régionale.

On l’a connu, et bien connu, entre les quatre tours de la Bibliothèque François Mitterrand, face à la Seine. Le Dansoir, ce magic mirrors du 19e siècle, repéré en Flandres et remis en forme par Karine Saporta, avait ensuite connu une vie plus discrète en banlieue. Il ressurgit aujourd’hui, à un endroit très central à Ouistreham Riva-Bella, face à la plus grande place (de parking) de la ville, où se tient le marché, tous les vendredis.

Avec son parquet de bal circulaire, ses boiseries, ses miroirs, son toit baldaquin en tissu rouge, l’intérieur apporte une touche de féerie et accueillera les Ouistrehamais pour des activités diverses. Le Dansoir peut ici jouer un rôle central dans la vie sociale et culturelle, et devenir un symbole de cette station balnéaire en plein essor, rendue célèbre par la commémoration du débarquement de l’armée américaine, en présence des chefs d’état, de Merkel à Obama.

Plaque tournante régionale

La forme circulaire du Dansoir prend aujourd’hui une symbolique nouvelle puisqu’il devient une plaque tournante de la vie culturelle locale et régionale. Le projet conçu par Saporta en concertation directe avec le maire de Ouistreham Riva-Bella, Romain Bail et le service culturel de la ville, est fondé sur les échanges et la communication avec les habitants. Bien sûr qu’il y aura une programmation danse, théâtre et musique, en lien avec La Mue, lieu de résidence artistiques, créé par Saporta dans la commune voisine de Cairon. De février à novembre 2017, Les Rendez-vous de la Mue affichent vingt-trois soirées de théâtre, treize spectacles de danse, des concerts ainsi que des expositions et des créations interdisciplinaires.

Mais avant tout, Le Dansoir accueillera les chorales et ensembles musicaux ouistrehamais, des bals, des soirées Cabaret latin, des projections de cinéma et des lectures ou concerts auxquels on peut assister à la fin du marché, tous les vendredis. Des apéros, des bals et des concerts, dans un lieu de charme, voilà qui peut changer les habitudes et le quotidien d’une ville qui vit de la mer.

Une conjonction unique

Comment le Dansoir est-il arrivé dans ce bourg balnéaire, pendant longtemps inconnu au-delà de Caen? Aucun hasard, puisque Saporta réside à Ouistreham Riva-Bella depuis son époque en tant que directrice du CCN de Caen. « Le Dansoir se trouve désormais à deux minutes de ma propre maison », se réjouit-elle. Sa rencontre avec Romain Bail, en recherche de nouvelles dynamiques pour sa ville, fut décisive. Ce maire, un des plus jeunes de France, dit vouloir la « décoiffer », et les conditions sont réunies pour gagner le pari, grâce à la conjonction unique entre un lieu singulier, une porosité absolue avec la vie culturelle locale et un lieu de résidences et de recherches artistiques.

Du lundi au jeudi, Le Dansoir permettra aux associations culturelles  locales de se réunir, de pratiquer théâtre, danse ou musique. Les week end, il y  aura les apéros culturels et du vendredi soir au dimanche après-midi auront lieu les spectacles. Et plusieurs festivals  vont ponctuer cette première année. Jusqu’où un tel lieu peut-il être adopté par les habitants ? Y aura-t-il deux groupes séparés, à savoir le public pour les spectacles de La Mue et ceux qui y iront pour faire et écouter de la musique et manger les tartines ?

Mater(re)

Le premier test fut une réussite, vue la foule remplissant le chapiteau jusqu’à la dernière place, le soir de l’ouverture, pour découvrir le solo Mater(re) de Karine Saporta, interprété par Charlotte Bossu, charismatique et mystérieuse, dans cette pièce autour de la maternité et du sein nourrissier, déjouant l’image d’Epinal de la mère et dialoguant avec le baroque. Car il y a la pureté suggérée par la robe de mariée angélique et baroque, mais l’interprète ainsi drapée de haute couture doit faire preuve d’un engagement total pour assumer et extérioriser les tensions qui traversent le corps et l’esprit maternel. Ce solo captivant est à revoir cinq fois (17 et 24 février, 24 et 26 mars, 2 avril), et chaque représentation sera suivie de la projection d’une œuvre de Karine Saporta.

« Je  me sens Normande », affirme Saporta, jouant sur le second sens de Mater(re), sans oublier que la mater est la mère, et que Saporta dit également que c’est la mer comme source nourricière et ressource mentale qui l’a attachée aux terres d’Ouistreham. Rien de plus logique donc, que d’ouvrir cette première année Dansoir à Riva Bella avec ce solo. Malgré l’activité intense à Riva-Bella, Saporta continue de développer sa collaboration avec la Corée du Sud. Artiste associée au National Gugak Center de Séoul, fief des arts traditionnels (danse, musique, chant) elle sera en tournée à Séoul et Busan fin mai, avec Giselle’s Sorrow ou La Cérémonie des fleurs.

Thomas Hahn

 

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