« Ladies First » de Marion Muzac

 

Ladies First de Loïe Fuller à Joséphine Baker  fait se rencontrer de jeunes danseuses venues des quatre coins de la France, et les pionnières de la danse moderne. Une bouture réussie !

Marion Muzac, chorégraphe et responsable du département danse du Conservatoire de Toulouse a fait le pari de mettre les femmes en avant. Ne serait-ce que pour infléchir le déséquilibre hexagonal, où une majorité d’hommes dirige la plupart des scènes nationales et des plateaux de cinéma. Pour ce faire, elle a réunit vingt jeunes danseuses venues de toute la France pour les confronter aux pionnières de la danse des années 20. Elle leur a aussi demandé d’amener chacune des images féminines importantes à leurs yeux. À elles toutes, elles ont déployé toutes les facettes d’une féminité bien de leur temps.

Ladies first - De Loïe Fuller à Joséphine Baker de Marion Muzac from Théâtre de Chaillot on Vimeo.

Au début du spectacle, les vingt jeunes filles, âgées de 12 à 20 ans, prennent place sur le plateau. On se dit, « Bon, encore un spectacle avec des amateurs ! » Mais très vite, on est pris par la danse de ces filles d’aujourd’hui qui revisitent la danse d’hier, à travers quatre pionnières et non des moindres : Isadora Duncan, Loïe Fuller, Ruth Saint-Denis et Joséphine Baker. Si la première d’entre elles a apporté à la danse d’ôter son corset (au propre comme au figuré) et lui a amené un vent de liberté, toutes les autres ont la particularité d’avoir puisé dans les danses « exotiques » que l’on pourrait qualifier aujourd’hui de « créoles » les sources de leur modernité. Elles ont amené au monde chorégraphique des contorsions, des courbures, des ondulations, des contractions… Et surtout elles dansent à partir de leurs improvisations. Du jamais vu !

D’une certaine façon, ces 20 danseuses ont repris le flambeau. Certes, on peut reconnaître (ou imaginer ?) ici et là quelques emprunts à ces précurseuses de la modernité, comme l’Etude Révolutionnaire de Duncan interprétée par une très jeune fille, ou le Radha de Ruth Saint-Denis, mais surtout elles donnent chacune leur version des danses féminines d’aujourd’hui, avec leurs propres héroïnes et leurs propres sources d’inspirations, aussi riches et diverses qu’elles-mêmes. Elles puisent indifféremment dans le Twerk, le jazz, ou le Bollywood, et même le classique, et font tourner ces danses en se les passant par contamination avec une précision époustouflante. Mais surtout, elles innovent en mélangeant tout cela à la culture populaire avec un élan et une assurance ahurissants. Elles affrontent la Salle Jean-Vilar de Chaillot en vraies professionnelles et nous transmettent leur joie de danser et de vivre.

Agnès Izrine

Le 9 février 2017, Chaillot Théâtre national de la Danse

Avec : Anne-Emmanuelle Lété, Cléa Rulkin, Iman Bobozo, Lalou Denais, Lola Belhis, Lolita Perazio, Alice Martin, Fatou Sylla, Jennyfer Urie, Jihane Jabir, Molly Siboulet-Ryan, Zoé de Tarlé, Cindy Fourgeaud, Clémence Aton, Eglantine Vialaret, Emilie Mitrano, Hanna Mitrano, Lili Girardin, Nina Godderis, Zélie Bousquet

 

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