« La Mégère apprivoisée » et le « Songe d'une nuit d'été »

A l'occasion du quadricentenaire de la mort de Shakespeare, l'Opéra-Théâtre de Metz Métropole a rendu hommage au dramaturge avec une programmation incluant deux nouvelles productions de danse : La Mégère apprivoisée et Le Songe d'une nuit d'été, toutes deux sur des musiques de Felix Mendelssohn.

Si la partition du Songe d'une nuit d'été, écrite comme musique de scène pour la pièce éponyme, épouse à merveille l'univers truculent et poétique de la comédie de Shakespeare, (rien que l'ouverture en condense tout l'esprit), faire évoluer la Mégère sur la symphonie n°3 du romantique allemand n'était pas aussi évident. « Un défi »  dira Laurence Bolsigner-May, chorégraphe et directrice du Ballet de l'Opéra-Théâtre de Metz Métropole, mais surtout le désir de « respecter une certaine unité tout au long de la soirée  et de bénéficier d'une page musicale au romantisme plein de douceur et de violence ».

C'est donc une Mégère sous influence romantique qui ouvrira la soirée.

« Un père n'accepte de marier sa fille cadette qu'à la condition d'avoir auparavant marier son ainée, un vrai poison, colérique et entêtée qui repousse un à un ses prétendants, jusqu'à l'arrivée d'un aventurier qui s'est mis en tête de l'apprivoiser... ».

L'intrigue s'ouvre sur un impressionnant décor créé par projection vidéo apportant de la profondeur au plateau ainsi que relief et perspective. Dans ce tableau dont les tons vont du bleu de Prusse au dégradé de gris, le père et ses deux filles s'entrecroisent dans des compositions raffinées alternant avec des solos qui affirment les deux caractères féminins. La danse est sobre et élégante. La scène où Pétruchio, Clément Malczuk dompte l'indocile Mégère, Solène Burel, est particulièrement intéressante chorégraphiquement dans ce qu'elle apporte de relâchés, d'abandon, d'alternance entre rigidité et fluidité, et l' évolution de leur duo exprime bien la transformation de l'insoumise dont la gestuelle se défera peu à peu de son impériosité. L'acte final de la pièce se terminera  par un brillant quintett d'hommes très dansé.

"La Mégère apprivoisée" - Galerie photo © Arnaud Hussenot

Avec le Songe d'une nuit d'été, la deuxième partie de la soirée fait place aux sortilèges et aux errances amoureuses...
Deux couples d'amants fuyant Athènes, se réfugient dans une forêt enchantée où règnent Obéron, roi des Elfes et Titania, reine des Fées. Suite à l'usage d'une potion, la confusion règne le temps d'une nuit d'été...

Là encore, l'usage de la vidéo permet de créer de belles toiles de fond et c'est dans une ambiance bleutée évoquant la Mer Egée qu' arrivent les couples de danseurs. Entre de calmes arabesques, attitudes et développés que mettent en valeur les costumes, la danse se parsème de menées, de figures habilement réglées et d'unissons parfaitement calés que semble affectionner la chorégraphe.

La féérie va se développer tout le long du ballet, ciels étoilés et lune rousse, robes évanescentes et coiffes extravagantes, tout y participe, et l' apogée sera l'arrivée du choeur et des chanteuses.

Les parties de danse mêlées au choeur sont particulièrement réussies. Laurence Bolsigner-May a su adapter la chorégraphie à l'étroitesse objective du plateau de manière assez remarquable, et c'est un exploit que les 14 chanteuses plus les 20 danseurs(ses) du ballet n'y paraissent pas entassés.

La soprano Léonie Renaud et la mezzo-soprano Catherine Trottman incarnent le Soleil et la Lune avec une présence lumineuse. Leurs deux voix en symbiose subliment les vers savoureux du poète : « You spotted snakes with double tongue, Thorny hedgehogs, be not seen, Newts and blind-worms, do not wrong, Come not near our fairy queen...»*    

Le Songe d'une nuit d'été - Galerie photo © Arnaud Hussenot

La danse, d'une facture relativement classique, s'en donne elle aussi à cœur joie. Des sauts, cabrioles  et brisés en rafale pour Puck, Paul Bougnotteau, épatant, vif, d'une belle densité. Des ports de bras magnifiques et déliés pour les fées, une danse aérienne pour Titania, Aurélie Barré, des duos plus ravissants les uns que les autres, et un final qui démultiplie des couples à l' unisson. Le tout avec beaucoup de fantaisie sans oublier une interprétation sans faille qui laisse transparaître un vrai plaisir à visiter la comédie, et une direction d'orchestre et de choeur formidable !

La magie théâtrale opère complètement et le public finira, comme les personnages, tout ensorcelé !

Marjolaine Zurfluh

Vu à l'Opéra de Metz Métropole le 2 avril

*  « Vous, serpents tachetés au double dard, Hérissons épineux, ne vous montrez pas. Salamandres, orvets, ne soyez pas malfaisants, N'approchez pas de la Reine des fées...»

Direction musicale : Benjamin Pionnier
Chorégraphie : Laurence Bolsigner-May
Conception vidéo : Tommy Laszlo
Costumes : Brice Lourenço et Valérian Antoine
Lumières : Patrick Méeüs

Soprano : Léonie Renaud
Mezzo-soprano : Catherine Trottmann

Ballet de l'Opéra-Théâtre de Metz Métropole dirigé par Laurence Bolsigner-May :

Aurélie Barré, Paul Bougnotteau, Thimotée Bouloy, Solène Burel, Camilla Cason, Charlotte Cox, Brice Lourenço, Valérian Antoine, Kim Maî Do Danh, Rémy Isenmann, Lisa Lanteri, Gleb Lyamenkoff, Clément Malczuk, Johanne Sauzade.
Et Alice Besson, Gabriel Fillatre, Loan Frantz, Margritte Gouin, Konstantin Neroslov, Alexandre Plesis, Anatole Zang

Orchestre national de Lorraine
Choeur des Femmes de l 'Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Catégories: 

Add new comment