L.A. Dance Project de Benjamin Millepied

Le programme était alléchant : la compagnie de Benjamin Millepied, dont on a déjà admiré les qualités lors de ses précédents passages à Paris, présentait du 15 au 18 septembre dernier un éventail de pièces respectant un savant dosage de tradition (trois duos de Martha Graham), de chef-d’œuvre ( Quintett  de Forsythe), de nouveauté (Helix  de Justin Peck en première européenne) et de recette maison (On the Other Side, de Benjamin Millepied himself).

D’où vient que, une fois dans la salle, le plaisir attendu se transforme petit à petit en déconvenue ?... Oh, certes, une déconvenue aimable, à l’image de ce qui nous est présenté sur scène. Mais une déconvenue tout de même. A commencer par ce Quintett  que l’on se réjouissait de revoir. Ayant gardé en mémoire le souvenir - ravivé par une récente reprise à l’Opéra de Lyon - d’une pièce à la mélancolie déchirante, scandée par le lancinant Jesus’ Blood Never Failed me Yet de Gavin Bryars, on se retrouve devant un joli ballet, au demeurant très bien ‘exécuté’, d’où tout mystère et toute profondeur semblent s’être évanouis. L’exubérance des corps dansants tient plus du jeu joyeux que du regret des bonheurs évanouis, thèmes qui avaient nourri la création de l’œuvre en 1993 alors que se mourait l’épouse du chorégraphe.

Quant à la trappe de l’au-delà, dont la menace de néant pèse douloureusement sur la pièce, elle est ici indiscernable. Les Martha Graham Duets qui suivent, extraits de ballets retravaillés par la chorégraphe elle-même en 1957 pour le documentaire A Dancer’s world , ne corrigent pas, hélas, cette première impression. On sait gré à la compagnie de présenter au public français ces trois très courtes pièces, et de faire ainsi renaître ainsi un répertoire quasiment absent des scènes hexagonales, on demeure toutefois quelque peu circonspect. Sans doute cette séquence de huit minutes est-elle trop brève pour saisir la profonde originalité d’une esthétique qui, pour avoir nourri la plupart des créations du XXe siècle, semble aujourd’hui si familière.

On remarque cependant la grande beauté du troisième duo, dont la simplicité et la liberté de geste frappent encore l’œil en 2016. Créé en 2014 à Los Angeles, Helix de Justin Peck est un amalgame de plusieurs courants post-modernes où l’on se plaît à reconnaître ça et là un zest de Lucinda Childs, un soupçon de Cunningham, un faux air de Robbins… Dix minutes agréables à l’œil, mais dont on peinerait à dire le sens ou la nécessité. Avec sa création française  On the Other Side, Benjamin Millepied fait certes preuve de plus de métier et de talent que le jeune soliste du New York City Ballet.

Toutefois, face à cette succession de duos, trios, solos et autres combinaisons, chorégraphiés avec subtilité sur la musique de Philip Glass, on se lasse bientôt de tant d’habileté. Devant le décor peint de Mark Bradford, véritable kaléidoscope lumineux, les huit danseurs vêtus de couleurs vives évoluent avec grâce, créant une série d’effets visuels à l’impeccable harmonie plastique… mais so what ? Cet United Colors version Benjamin Millepied paraît aussi brillant et éphémère qu’une bulle de savon.

Isabelle Calabre

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