La 12e édition de June Events

Un aperçu plus vaste que jamais des tendances, de l’histoire et des personnalités de la danse, autour de Loïc Touzé, Jean Guizerix et Carolyn Carlson.

Avec trente compagnies à l’affiche, June Events joue désormais dans la première ligue des festivals nationaux et internationaux. Et affiche une souplesse et une diversité des formats, une richesse des réflexions et des croisements artistiques qui constituent une danse-monde, une véritable planète chorégraphique.

Des propositions varient entre 15 minutes et quatre heures et affichent une mobilité impressionnante sur la forme et sur le fond, avec des expositions, des installations, des formules déambulatoires, des rencontres, des conférences dansées, des croisements entre la danse et les arts plastiques ou les traditions populaires du Brésil, des concerts chorégraphiques, une fête au Château de Versailles avec dance-floor...

La galaxie Touzé

Et au cœur de ces espaces de liberté de mouvement et de parole, une autre planète artistique, celle de Loïc Touzé. Dans Oro, il revient avec humour sur sa formation à l’Opéra de Paris et qui sait, aidera peut-être à comprendre les déboires actuelles au sein de ce microcosme. En présentant également sa dernière création, Touzé englobe la totalité de son parcours d’artiste chorégraphique. Sa création 2018 s’appelle Forme simple, un trio dansé sur les Variation Goldberg de Bach, interprétées sur scène, au clavecin, par Madeleine Fourrier.

La galaxie Touzé se déploie désormais sur « la toile », plus précisément sur une plateforme numérique et collaborative autour de la danse et de l’image: Pour un atlas des figures. Tout un programme... Depuis 2010, Touzé et Mathieu Bouvier ont travaillé sur ce centre de ressources numérique autour de la danse, de l’image et de la pensée et vont dévoiler ce projet au CDCN Atelier de Paris.

Musiques et fêtes

Le lien entre la danse et la musique, dans sa dimension charnelle et mouvementée, a toujours été une ligne de force à June Events. On retrouve bien sûr cet axe en pleine vie dans l’édition 2018. Kubilai Khan Investigations s’associent au groupe rock anglais Mugstar dans Volt(s) face,  dans un concert chorégraphique de haute densité. Dont voici un extrait :

La plasticienne et danseuse Célia Gondol a rencontré, au Brésil, les chanteurs « repentista » et leurs joutes improvisées. Elle tire, dans O Univero nu, un trio chanté chorégraphique, un « chœur performé, inspiré de la poésie populaire de la région Nordeste du Brésil. Sa performance s’intègre ici dans une exposition de la graphiste et photographe Batia Suter, présentée au BAL, lieu d’exposition dédié à l’image, situé derrière la place de Clichy.

C’est dans la même exposition intitulée Radial Grammar, qu’on verra un Rituel pour une géographie sensible, imaginé par Julie Nioche et le duo Filiz Sizanli/Mustafa Kaplan. Ce rituel contemporain qui crée le partage avec son public - on en ignore encore la dimension participative - est accompagné en musique par Alexandre Meyer.

Au Théâtre de l’Aquarium, l’un des fiefs de June Events, Ayelen Parolin, artiste de la dissonance, invite la compositrice et pianiste Lea Petra à accompagner -  voire à harceler avec ses sons sans répit - quatre danseurs qui doivent tenter de former et préserver une harmonie collective, alors que la pression ambiante qui pousse chacun(e) à la productivité et à l’épuisement, soumettent la danse et les corps à un stress-test chorégraphique où l’on pousse chaque geste vers une dépense et une aliénation maximale.

La fusion danse-musique se double d’une dimension plastique dans The Goldfish and the Inner Tube, un duo performatif et musical de Ruth Childs (la nièce de Lucinda Childs) et le musicien-performer Stéphane Vecchione, où Childs doit inscrire ses actions chorégraphiques dans un paysage fait de chambres à air de camion, de fils et de sacs poubelle, non sans clins d’œil à nos habitudes de déverser du plastique dans la nature pour nous racheter avec nos tentatives de recyclage.

Quand on parle de musique live, on ne peut faire l’impasse sur Kaspar T. Toeplitz qui accompagne chaque création de Myriam Gourfink, et secoue de l’intérieur ce travail sur le souffle et micromouvements intérieurs. La nouvelle création, pour cinq danseuses, deux musiciens et un vidéaste intègre donc l’image, en interaction live avec la musique, faire de basse électrique, compositions électroniques et percussions.

Et bien sûr, Carolyn Carlson ! Quand la poète visuelle met en jeu son corps et ses propres poèmes dans un Poetry Event, tout se croise sur une même longueur d’ondes, y inclus pour cette édition, celles du saxophoniste improvisateur Guillaume Perret. Elle danse ici avec Juha Marsalo, autant que dans  sa création All That Falls, un trio avec Marsalo et Céline Maufroid. La grande dame et  fondatrice de June Events sera donc en scène dans un programme double, porté par sa gestuelle hors du temps. Et présente, en même temps une exposition de se calligraphies, à la Galerie Agnès B., du 7 au 14 juin.

C’est sur un autre grand événement, absolument unique, que June Events va se terminer au Château de Vincennes. Tatiana Julien y crée, dans le cadre de Monuments en Mouvement, un concert dansé immersif et participatif. N’y danseront pas seulement les neuf interprètes professionnels et les 50 amateurs choisis pour cette soirée. La soirée se terminera sur une DJ set avec le compositeur Axel Rigaud, et tout le monde sera invité à danser.

Danses urbaines

Hip hop et krump vont ponctuer cette édition. Le solo Cellule de Nach [Lire notre critique] remporte le succès qu’il mérite. La krumpeuse y parle de sa vie et ses désirs, avec une franchise et une acuité qui impressionnent. C’est autant un acte de balance entre des espoirs et des désillusions que dans Fausse couche de Nejib Khalfallah. Le B-Boy tunisien évoque dans sa pièce pour huit danseurs, présentée dans le cadre du Printemps de la danse arabe, ce regard sur les émotions qu’éprouvent les Tunisiens quand les espoirs de la Révolution du Jasmin sont mis à l’épreuve des mauvais esprits qui violentent l’idée d’un avenir radieux.

June Events propose rarement des séries, mais l’une d’elles appartient à Saïdo Lehlou et son excellent quintet masculin Wild Cat, où la danse break se fait souple, féline et pleine de suspense. On le verra dans quatre lieux, en extérieur, dans l’environnement urbain ou dans un parc.

Un peu d’histoire

La danse contemporaine a des racines et on en découvre encore des parties cachées. Jérôme Brabant et Maud Pizon proposent une conférence dansée, accompagnée au piano par Aurélien Richard, sur Ruth Saint-Denis et Ted Shawn. Ils en explorent les danses du début du XXe siècle et les récitals, à partir de films d’époque, de partitions et de reconstructions vidéo. Dans A Taste of Ted, ils se penchent sur cette partie de l’histoire de la danse, en dépassant une idée de reconstruction ou de conférence. Quand ils se glissent dans les figures de l’époque, ils sen drapent de costumes et parurent crées par l’extravagant La Bourette et réinventent le répertoire avec leur regard d’aujourd’hui, forcément décalé.

Thomas Lebrun se penche sur son propre parcours de créateur, dans Another look at memory [Lire notre critique]. Et bien sûr que Carolyn Carlson évoque à elle seule l’histoire de la danse, quand elle apparaît sur un plateau. Comme Jean Guizerix, ancien danseur étile de l’Opéra de Paris, où il interpréta Merce Cunningham alors que Carlson y devint étoile-chorégraphe, présente à June Events son duo Parallèles avec Raphaël Cottin, élève de Guizerix au CNSMD de Paris. La mémoire de la danse touve égalzment sa place dans l’exposition photographique de Patrick Berger et bien sûr avec Loïc Touzé, notamment dans sa conférence dansée autobiographique.

Thomas Hahn

12e édition de June Events, du 2 au 22 juin 2018

 

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