Kalypso #7 : Le hip hop universel

Le festival hip hop en région parisienne, initié par Mourad Merzouki, prend de l’ampleur. Où le hip hop revisite son histoire et interroge son avenir. 

C’est un des plus gros festivals de danse, tous genres confondus. Cinquante-deux compagnies vont quasiment encercler Paris avec leurs spectacles, du 6 novembre au 17 décembre, de Nemours à Cergy, de Tremblay-en-France à Rambouillet. Consacré à une culture hip hop de plus en plus universelle, Kalypso est le cadet de deux festivals frères, tous deux fondés et dirigés par Mourad Merzouki. Kalypso est plus jeune, mais plus grand que Karavel, le volet lyonnais. 

De plus en plus, Merzouki fait avancer ses deux festivals comme une unité, avec une bonne perméabilité entre les deux, permettant à beaucoup de compagnies d’être présentes sur les deux territoires. Sans compter les échanges avec Shake, le festival rochelais de Kader Attou, toujours un frère d’esprit. Le hip hop, c’est une communauté qui ne se démonte pas. Au contraire, elle s’élargit.

Grands noms et grands ensembles
 

La 7ème édition de Kalypso se construit autour d’un nombre très conséquent de grands noms de la scène hip hop. Parmi lesquels on trouve bien sûr Merzouki et Attou, ici réunis pour Danser Casa [lire notre critique], cette pièce dont on a tant parlé, où les jeunes danseurs marocains laissent leur quotidien infiltrer de vigoureux et joyeux tableaux chorégraphiques. Juste avant, pour les vingt ans de sa compagnie Käfig, Mourad Merzouki avait créé Cartes Blanches,une pièce où l’on voit revenir à lui des personnalités qui ont traversé et écrit l’histoire de la compagnie. Ils font ici escale à L’Escale, à Melun. Autres retrouvailles, celles entre Sébastien Lefrançois, figure majeure du hip hop avec sa compagnie Trafic de Styles, et Yaman Okur, devenu chorégraphe pour le Cirque du Soleil et autres Madonna. Les deux se placent à Un millimètre au-dessus du sol, en compagnie d’un pianiste, pour raconter les aventures d’Okur qui a aussi chorégraphié pour les Wanted Possee. 

Et justement, les Wanted Possee font partie des crews historiques du hip hop français et même mondial. Ils sont de ces grands ensembles qui misent sur la transmission directe de leur énergie au public. Avec Dance NSpeak Easy,ils ressuscitent ici l’ambiance des bars clandestins américains à l’ère de la prohibition et mêlent hip hop, charleston et lindy hop, dans une chorégraphie de Njagul Hagbe, mise en scène par le sulfureux Philippe Lafeuille, qui vient par ailleurs de créer un nouveau délire scénique autour de Carmen, avec sa célèbre troupe des Chicos Mambo. 

Un autre chorégraphe hip hop est allé, comme Attou et Merzouki, à la rencontre de danseurs marocains: Bouziane Bouteldja. Pour Telles quelles / Tels quels,créé en collaboration avec Coraline Lamaison, Bouteldja invite deux danseurs français à partager avec les jeunes de Casablanca cette pièce qui dialogue avec les multiples strates de l’identité personnelle et culturelle. Présenté à Kalypso en avant-première, la pièce connaîtra sa première officielle en janvier, dans le cadre de Suresnes Cités Danse. 

Les reines de la piste d’Ousmane Sy (Cie Paradox-sal) vont enflammer deux plateaux (Espace 1789 à Saint Ouen et L’Embarcadère d’Aubervilliers) avec leur Queen Blood.Et dans un esprit comparable, festif  et mélangeant les styles, interrogeant les liens des hommes et des femmes avec le monde actuel, voilà  Anne Nguyen (Cie Par Terre) avec A mon bel amour, une pièce pour quatre femmes et quatre hommes. 

Hip hop et classique
 

Une rencontre très différente est celle imaginée par Amala Dianor, entre hip hop et danse classique, pour trouver une nouvelle manière d’écrire le mouvement. Le résultat est The Falling Stardust [lire notre critique]. De son côté, Farid Berki cherche un nouveau langage en lorgnant du côté de Beethoven en rafraîchissant le vieux Ludwig grâce à des sons électroniques et des percussions. Sa compagnie Melting Spot compte, elle aussi, parmi les grandes références du hip hop français et leur nouvelle création, Locking for Beethoven(on y flaire le jeu de mots avec looking for) devrait réussir à nous surprendre. Troisième excursion dans ce monde musical, Musesd’Anthony Egéa met en scène deux danseuses et deux pianistes jouant Ravel, Debussy, Ravel et autres, faisant redécouvrir les rengaines les plus galvaudées (Carmen, Le Boléro…) dans des arrangements de grande finesse [lire notre critique].

Hip hop de l’avenir / avenir du hip hop
 

Si la danse hip hop commence à revisiter son histoire (et elle le fait avec émotion et douceur), elle ne cesse de se renouveler. Kalypsoest aussi une plateforme pour de nouveaux talents. Soit des danseurs chevronnés comme Artem Orlov et Rachid Hamchaoui, tous les deux issus de la compagnie Accrorap de Kader Attou et Mourad Merzouki, présentent leurs premières chorégraphies, soit ils viennent de la scène des battles, comme Carmel Loanga, Bruce Chiefare. Lea Latour ou Karim Khouader. Le lancement de cette 7eédition se fait par ailleurs par un concours jeunes talents à Créteil. Car l’avenir du hip hop ne se fera pas sans de nouvelles forces créatrices. 

Les esthétiques aussi peuvent se renouveler, notamment en ce qui concerne la présence des danseurs et le dialogue avec l’image même de l’humain et son hybridation croissante avec la technologie. Kalypsopropose une expérience de ce genre avec une rencontre de deux troupes dans un grand spectacle intitulé Futurisme. Où les corps ne sont visibles qu’à l’aide de fils électroluminescents, ce qui permet de créer des effets visuels assez stupéfiants. 

Et puis, une nouvelle (ou ancienne?) vision du hip hop s’est invitée dans le débat. La danse break pourrait devenir une discipline olympique en 2024, à l’occasion des JO de Paris ! Opportunité ou réduction à un athlétisme pur, que les chorégraphes ont su dépasser depuis longtemps? Une conférence et une table ronde vont traduire les diverses tentatives de répondre à la question et de faire avancer le débat.

Thomas Hahn

7 e édition de Kalypso, du 6 novembre au 17 décembre 2019

 

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