June Events : « Extra Shapes » de DD Dorvillier

La petite étude ne dure qu’une quinzaine de minutes. Trois danseurs (DD Dorvillier, Walter Dundervill et Katerina Andreou) se déplacent sur une ligne droite, d’abord sous tension et puis, changeant de registre, en se détendant progressivement. S’ils bougent d’abord mécaniquement, selon une logique mystérieuse, tels des animaux mais confinés dans un vocabulaire strict et angulaire, ils passent ensuite par des ralentis ou paradent en sautillant, avant de s’assoupir et trouver la paix dans une mollesse bienfaisante.

Ce parcours, riche en métamorphoses, ne serait qu’une jolie façon de se situer dans une danse post-cunninghamienne, plutôt abstraite mais néanmoins ouverte à toutes sortes d’imageries et d’imaginaires, si le spectateur n’y faisait pas une véritable expérience du regard. Quand le trio quitte la salle après la première et la deuxième séquence, on se lève pour échanger sa place contre une autre, plus proche ou plus éloignée, en faisant basculer son angle de vue de 90° ou 180°.

Les danseurs, eux, reviennent et reprennent à chaque fois les mêmes positions. Comme son nom l’indique, Extra Shape, qui se déroule comme sur un podium, présente tout un catalogue morphologique, du plus défini au quasiment amorphe. Mais comme leur couloir d’action, qui occupe exactement un tiers de l’aire de jeu, se situe non au milieu mais en bord de plateau, le spectateur peut, malgré l’intimisme du dispositif, modifier la distance le séparant des interprètes. Et au lieu de subir un effet de répétition, on redécouvre les personnages, on approfondit son regard et enrichit sa perception.

Au centre, dans un couloir exactement aussi large que les deux autres, se joue, en parallèle, une partition lumineuse alors que de l’autre côté, le compositeur électro-acoustique Sébastien Roux a installé ses haut-parleurs pour spatialiser un univers sonore aussi changeant que la chorégraphie. Mais c’est avant tout la danse qui se transforme quand l’angle de vue change, et ces différentes perceptions peuvent s’exercer sur des vocabulaires différents, se déclinant sous tout autant de variations de vitesse.

Cet Extra Shape désigné par le titre est donc à chercher dans le rôle actif du processus de perception qui donne aux formes et images déployées sur le plateau leur forme définitive. Tout n’est qu’une question d’angle de vue, et c’est ici d’autant plus clair que Dorvillier a composé la partition de formes parfaitement claires et poignantes.
 

Thomas Hahn
Spectacle présenté le 18 juin 2016 à l’Atelier de Paris, dans le cadre de June Events

 

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