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June Events 2022 : Nous irons tous au Bois !

La 16ème édition lance un appel à l’écoute des voix de la nature et des écosystèmes.

Parler d’écoute en matière de danse, cela peut paraître paradoxal. Mais le fait est que l’écoute et l’attention sont une forme d’école, d’éducation et surtout de pratique de plus en plus nécessaires, surtout face aux écosystèmes en détresse. Les forêts, la faune, les espaces naturels demandent qu’on leur porte à nouveau une attention sensorielle qui soit à la hauteur des enjeux. Plusieurs chorégraphes présents dans la programmation de la 16édition de June Events font des propositions en ce sens. Ce qui ne fait pas encore de June Events un festival d’orientation politique écologiste. Mais l’environnement naturel de la Cartoucherie, adossée au Bois de Vincennes, invite naturellement à créer des liens avec la nature. Et si Anne Sauvage fait depuis longtemps le lien entre danse et nature, l’édition 2022 y est particulièrement sensible. 

Deep Listening – l’écoute profonde

L’écoute est donc au centre de l’attention, et ce non seulement parce que le chant est de plus en plus présent dans les spectacles de danse en général. Les sons sont partout, il fait surtout savoir les redécouvrir. Aussi Anne Sauvage invite David Linehan avec son dyptique Listen Here, qui se décline en deux volets. These Woods  (ces forêts, donc) offre au public une expérience de l’écoute de l’air et des arbres mais aussi une sensibilisation à la lumière, dans le Bois de Vincennes, soit au matin soit en soirée. En salle, les cinq danseurs interprètent This Cavern, sur une musique électronique enregistrée dans une grotte souterraine. Le titre de l’œuvre musicale est Deep Listening : écoute profonde. Linehan parle de « true listening » et étend l’idée à un éveil de tous nos sens. 

Un peu comme chez Christos Papadopoulos qui, dans Larsen C, s’inspire des mouvements d' essaims d’oiseaux, de bancs de poissons et des arbres, beaux souvenirs d’une enfance en Grèce. Le titre est le nom de la plus grande plateforme de glace de l’Antarctique, un espace naturel où le regardeur doit affûter son œil au maximum pour détecter des traces de vie. C’est cette extrême disponibilité sensorielle que plusieurs des chorégraphes de cette édition de June Events nous demandent à retrouver, pour l’appliquer aux écosystèmes. 

Ecoute sensorielle

Et c’est de cette manière qu’il faut aborder le rapport à la nature quand Louise Vanneste présente Earths (Terres) et parle d’écoute intuitive ou sensorielle. Car ce qu’on écoute ici sont les récits « intimes et fictionnels » des quatre danseuses, autour d’un écosystème mousseux et donc forestier déployé sur le plateau, dans un processus d’incarnation du végétal dans sa relation au temps, au vent et à l’existence, pour inspirer de nouvelles manières d’être sur le plateau. 

Vanneste ne propose cependant pas d’aller vivre Earths  dans l’écosystème véritable, alors que Marion Carriau et Magda Kachouche plantent leur Chêne Centenaire en versions plateau et à l’extérieur, ayant par ailleurs nourri la nouvelle mouture pour le plateau par les répétitions entre les arbres. Leur duo chanté et dansé trouve ainsi sa vocation véritable, selon la volonté des chorégraphes-interprètes (la preuve par la photo de Kachouche qui fait l’affiche du festival !) : « Nous déclenchons des tempêtes de sable avec nos cheveux, créons le tonnerre avec nos voix, déployons des arcs-en-ciel avec nos mains.» Car : « Nous y défendons l’attachement au monde, aux écosystèmes et aux espèces. » Ce qui se fait le mieux en mettant le pied dehors. 

Enquête sensible

Et puis, encore un programme où tout le monde ira au bois. D’abord, Vania Vaneau dans son solo Nebula, cherchant l’immersion avec la nature au Parc Floral, par des gestes du labeur de la terre et d’autres, liés à des rituels de guérison. 90 minutes plus tard, alors que le jour commence à baisser, on aborde le mur juste après l’atelier – qui n’est pas un lieu de rendez-vous (ceux-ci seront à chaque fois précisés sur atelierdeparis.org), mais le titre que donnent la réalisatrice Ikram Benchrif et le danseur Paul Girard à leur projet intitulé cherche forêt  et qualifié comme « enquête sensible », où ils partent du postulat que « le bois fait du son ». Bonne écoute donc, à toutes et à tous !

Vous pouvez par ailleurs participer à la Journée pratique amateur dedans/dehors/avec, le 21 mai en amont du festival en soi qui débute le 30 mai, à 9h du matin avec Listen Here : These Woods  de Daniel Linehan, au Bois de Vincennes. Mais rectifions : L’impression, volontairement créée ici, qui veut que tout le festival se déroule en extérieur, est fausse. On s’en excuse platement pour dévoiler la vérité : Il y a autant de spectacles en salle, sinon plus. Mais là encore, Jeanne Brouaye propose, sur le plateau de l’Atelier de Paris, un trio – A voix et à mains nus– où l’on annonce la présence de paille et de bois servant à la construction d’une hutte ou cabane. Et de tels abris, on n’y peut rien, se construisent en règle générale en extérieur. 

On retrouvera aussi Joanne Leighton, dont l’Atelier de Paris a présenté une dizaine de pièces et qui a tant travaillé dans la nature et l’espace public. Mais elle vient ici avec Corps Exquis, où trois interprètes, dont Marion Carriau, également active dans Chêne Centenaire, interprètent une série de cinquante-huit solos liant les écritures d’autant de chorégraphes, de Stéphanie Aubin à Emmanuelle Vo-Dinh, en passant par Faustin Linyekula, Myriam Gourfink et autres Mia Habib, Radhouane El Meddeb etc.

Il s’agit là par ailleurs d’une des pièces présentées hors les murs – si murs il y a – à savoir au Carreau du Temple, où on verra aussi la Québécoise Catherine Gaudet, avec L’affadissement du merveilleux. Joanne Leighton serait capable de nous y amener à pied, depuis la Cartoucherie. Mais ce sera peut-être une autre fois…

Thomas Hahn

June Events, 16édition -

Atelier de Paris-CDCN - Du 30 mai au 18 juin 2022

Photo de preview : Chêne Centenaire de Marion Carriau et Magda Kachouche © Léa Mercier

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