Jean-Luc Terrade signe sa 17 ème édition du festival « Trente trente »

Du 21 janvier au 01 février 2020, Trente Trente propose un regard sur les formes courtes actuelles et convie le public à la découverte d’artistes émergents qui bousculent et réinventent le paysage des arts vivants. Avec du cirque, de la danse, de la performance, de la musique, des installations, des projections de courts-métrages et du théâtre, cette 17e édition réunit une trentaine de spectacles, dont dix créations. Entretien avec Jean-Luc Terrade qui nous raconte ses choix.

Metteur en scène principalement d’auteurs contemporains avec sa compagnie Les Marches de l’été, Jean-Luc Terrade organise et dirige depuis 2004 cet événement avec l’objectif de défendre une programmation de formes courtes hybrides et pluridisciplinaires. 

Danser Canal Historique : Comment vous est venue l’idée de créer un festival qui présente des œuvres dont la durée est de 30 minutes ?

Jean-Luc Terrade : Tout simplement parce qu’il y a énormément d’excellents artistes émergeants qui sont inconnus et donc très peu programmés. Une pièce courte, que ce soit de la danse, du théâtre, du cirque ou de la musique, est difficile à intégrer au sein d’une soirée d’un théâtre. Ainsi, j’ai la chance de pouvoir mélanger les disciplines dans plusieurs lieux de Bordeaux et de faire découvrir d’autres formes d’art à un public qui, normalement, ne viendrait que pour le style qu’il aime. 

DCH : Serait-ce une certaine forme de résistance ? 

Jean-Luc Terrade : Exactement et c’est formidable de résister. 

DCH : L’affiche de cette 17 ème édition est composée d’une trentaine de spectacles dont dix créations. Y a-t’il un changement par rapport aux années précédentes ? 

Jean-Luc Terrade : Oui, surtout sur la quantité de créations qui n’a jamais été aussi importante et, bien que je ne m’intéresse absolument pas au quota, il se trouve que plus de la moitié de ces créations sont assurées par des artistes régionaux. Sur le plan de la création, en danse Sine qua non art viennent de La Rochelle, Anthony Égea et Patrick Haradjabu, de Bordeaux. En cirque, Viivi & Fragan, France-Finlande, Samuel Rodriguez, Bordeaux, Corentin Diana & Emma Verbèke, Lyon. Pour la musique, Erik Baron  ainsi que le Collectif Tuttiqui qui présente une installation, sont aussi de Bordeaux, Hervé Rigaud, Jonathan Pontier & Élise Servières de Paris, François Sabourin de Poitiers.

DCH : Une nouveauté aussi avec l’école des Beaux Arts et une soirée à la Méca, la nouvelle salle de Bordeaux ?

Jean-Luc Terrade : Oui, et cette opération m’intéresse particulièrement. Il s’agit de : Les prototypes du vivant, une carte blanche à deux interprètes de Jan Fabre, Annabelle Chambon et Cédric Charron. Avec sept performeurs associés, ils ont travaillé depuis octobre 2019 avec vingt-six étudiants de l’école des Beaux-arts de Bordeaux. Le résultat est présenté sous la forme de performance, de vidéos et d’installation. Nous investissons aussi La Méca, pour une soirée dédiée à la création régionale grâce à une aide à la résidence de l’OARA. Et puis, autre nouveauté et nouveau partenariat avec le Gallia théâtre de Saintes qui programme le 11 avril le Collectif Tutti, Victoria Belén Martinez et Olivier de Sagazan.

DCH : Comment choisissez-vous les artistes à programmer ?

Jean-Luc Terrade : C’est mystérieux et je trouve qu’un spectacle doit justement rester un mystère. Soit c’est une certaine fidélité envers des artistes que je programme depuis plusieurs années et je leur fais confiance, soit je ne connais pas et vais voir les spectacles et mise sur mes coups de cœur. Il se peut aussi qu’un dossier me séduise comme celui de la chorégraphe et danseuse Leïla Ka l’an dernier et qui tourne maintenant partout en France.  

J’ai aussi accompagné et contribué à l’aide à la mise en scène de Je pars demain de Samuel Rodriguez et D’équilibre précaire de Floris Bosser, deux circassiens de l’école du cirque de Bordeaux.

Il est difficile et compliqué de déceler un artiste qui a une vraie parole. Nous sommes dans une époque où tout est possible, où tout peut se mélanger. Programmer demande une liberté de choix et une grande disponibilité. Et nous n’avons pas toujours les mêmes exigences avec les responsables des lieux partenaires de Trente trente. Mais nous arrivons toujours à trouver des compromis en faveur des artistes et du public.

DCH : L’affiche 2020 est composée de trente-trois formats courts, quelle est votre organisation pour que le public assiste à un maximum de spectacles ?

Jean-Luc Terrade : Depuis des années nous mettons en place un système de circuit où deux groupes se scindent pour se retrouver le soir au Glob théâtre. Grâce à notre équipe plus les stagiaires et les bénévoles, tout se passe formidablement bien. Cette année, un groupe se déplacera d’un endroit à l’autre avec une navette et l’autre grâce au tram qui arrive maintenant tout près de chez nous. Mais cela n’est mis en place que le week-end du 24 et 25 où le public peut voir jusqu’à sept spectacles dans cinq lieux différents. 

DCH : L’ambiance de Trente trente est toujours très chaleureuse et vous réussissez à toucher un public de tous les âges. Avez-vous encore des rêves à réaliser ?  

Jean-Luc Terrade : Oh oui ! J’aimerai dans l’avenir m’interroger plus profondément sur la vraie émergence, devenir plus sulfureux, plus ciblé. Il faut toujours se poser des questions, s’autocritiquer et bouger. A mon avis, le travail de mise en scène est le même, quel que soit le vecteur, que ce soit le langage du corps ou le langage des mots. Les mots emportent tout, tirent tout, sans les mots la mort est là, mais il y a toujours les mots, ils n’en finissent plus comme dans le travail de corps où ils ne cessent de vivre et de respirer, même dans le moindre geste et dans l’économie de moyens. 

Propos recueillis par Sophie Lesort

Festival Trente trente du 21 janvier au 1erfévrier 2020

 

 

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