« Impulso », un film d’Emilio Belmonte

IMPULSO nous raconte une page marquante de l’histoire du flamenco actuel : la création de Caída del Cielo de la danseuse et chorégraphe espagnole Rocío Molina pour le Théâtre National de Chaillot à Paris. Premier Prix National de danse à l’âge de 26 ans et mondialement reconnue à 30 ans, Rocío Molina repousse sans relâche les limites du flamenco traditionnel, à l’instar d’un Galvan ou d’un Marin. Preuve de sa modernité sans concession, ses improvisations (Impulsos) sont un exercice inédit.

Filmé dans un rapport d’intimité par le réalisateur Emilio Belmonte, Impulso raconte le travail de création : ses affres, ses doutes et ses moments d’exaltation, la dynamique de l’équipe, et la force motrice inouïe de Rocío vis-à-vis de celle-ci. Jusque-là, ça pourrait être un très bon film sur la danse, ou sur le renouvellement du flamenco. Les musiciens qui l’accompagnent sont formidables, les coulisses de la création passionnantes, avec des sentences aussi définitives que « on travaille le rythme comme la pâte à pain ».

Mais c’est ailleurs que se situe l’intérêt du film. C’est la personnalité, le personnage même de Rocío qui envahit littéralement l’écran, et transmue ce qui pourrait n’être qu’un documentaire sur la création à une sorte d’autofiction très surprenante, qui parle de la sensation de la danse, vécue de l’intérieur.
Cette femme-enfant, un peu boudeuse, a commencé à danser à trois ans, avant de devenir le monstre du flamenco que l’on connaît. Mais cette femme toute puissante a ses failles, comme la mélancolie de savoir qu’elle ne retrouvera jamais les sensations de sa toute première Solea, montée à 17 ans.

Elle nous raconte le rapport à son propre corps, avec un humour tout en demi-teintes, s’expose sans fard dans le dialogue avec sa mère, avec La Chana, ex-reine du flamenco adorée de Dali, s’abandonne totalement à la danse, jusqu’à ce que son corps réponde directement à son âme… dans les fameux Impulsos, dansés ici et là, « comme une pulsion qui viendrait au corps pour atteindre l’esprit ».
Reste qu’on adore la (re)voir dans ces moments clés de Caída del Cielo, en mante noire dans ces improvisations très minérales dans le Centre Pompidou de Malaga, ou chutant sur les genoux devant la Tour Eiffel à Chaillot.

Bref, c’est un très beau film,qui cerne la danseuse au plus près, réalisé avec autant de pudeur que de sensualité, et nous fait découvrir une autre Rocío Molina. Emilio Belmonte disait vouloir « trouver le moment exact où cette tension naît dans son corps et devient geste dansé ». Pas de doute, il a réussi ! A voir, même si on n’aime pas le flamenco !

Agnès Izrine

Sortie le 10 octobre 2018. MK2 Odéon (côté Saint-Michel), MK2 Beaubourg, Espace 1789 Saint-Ouen

Réalisation et scénario : Emilio Belmonte
Production déléguée : Les Films de la Butte
Co-production : Compania Danza Molinas,
Distribution : Jour2Fête

Lauréat : IDFA COMPETITION
Premiers films IDFA 2017

Meilleur Ibero-Américain Documentaire - Long métrage

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