Helsinki et Séoul : Vers l’ouverture de Centres Nationaux de la Danse

Une Maison de la danse ouvrira ses portes à Helsinki en 2020. A Séoul, on y pense…

La Finlande veut inscrire sa danse sur la carte internationale. En grand. Le projet du Tannsintalo (Maison de la Danse) d’Helsinki est aujourd’hui pleinement défini, autant dans sa mission que dans sa dimension architecturale. L’ouverture au public en 2020 semble acquise. Tero Saarinen, vedette en chef des chorégraphes de son pays, rencontré lors de son passage à Chaillot - Théâtre National de la Danse en décembre 2017, se réjouit: « La danse finlandaise aura enfin une adresse ! »

Enfin, elle en a une depuis longtemps. Même après l’ouverture du Tannsintalo, le courrier arrivera toujours au même endroit. Car Tannsintalo sera installé dans un site déjà dévolu à la danse, à savoir la Cable Factory, un pôle de diffusion et de production qui accueille aujourd’hui douze compagnies ou structures chorégraphiques finlandaises et plus de 400.000 personnes par an.

A Helsinki, les fonds privés majoritaires

Le budget global de 34.5 millions d’euros - dont 28 millions pour l’extension du site existant de la Cable Factory - est financé à hauteur d’un tiers seulement par le contribuable: 6 millions d’euros par la ville et autant par l’état, alors qu’une fondation privée, la Jane and Aatos Erkko Foundation, contribue à elle seule 15 millions d’euros et la société immobilière propriétaire du site participe à hauteur de 7.8 millions d’euros.

Ce modèle unique donne lieu à des promesses entrepreneuriales en forme de business plan. On prévoit la présentation de 500 spectacles par an pour attirer 150.000 spectateurs dans les deux salles, de 700 et 250 places. La cour intérieure de 1.000 m2 sera couverte et pourra également accueillir des spectacles. La grande salle sortira de terre, dans un bâtiment nouveau dont la construction sera lancée cette année.

L’énergie motrice de la danse

En créant un lieu phare pour la danse qui se visitera aussi en raison de son geste architectural, on espère même intensifier le tourisme, citant un sondage qui revendique que les deux tiers des touristes visitant Helsinki seraient intéressées de voir un spectacle de danse. Et on souligne que sur les 5.5 millions d’habitants du pays, 800.000 suivent des cours de danse et que deux millions la pratiquent ou l’ont pratiquée. « Le nombre de spectateurs des compagnies de danse subventionnées est aujourd’hui égal à ceux de la première ligue de football finlandaise », avancent les porteurs du projet. En revanche, la danse contemporaine n’obtient que 1.5% du budget du ministère de la culture.

Mais avant tout, on espère intensifier qualitativement la vie chorégraphique en Finlande. Tero Saarinen n’est pas personnellement impliqué dans le projet, mais il souligne que « tous les acteurs de la danse en Finlande ont œuvré pendant longtemps pour y arriver, dans le but d’intensifier nos échanges avec la danse à l’international, notamment avec les autres maisons de la danse. Une Maison de la Danse nous permettra aussi de faire venir plus de compagnies de danse internationales et de mettre en place des projets de coopération. Nous voulons intégrer les circuits internationaux de la formation et de la programmation. »

Qui dirigera Tannsintalo ?

Selon Topi Lehtipuu et Erik Söderblum du Helsinki Festival, la capitale subit une vraie pénurie de scènes pouvant accueillir des spectacles de grand format et plus de 500 spectateurs. Tannsintalo ouvrira donc de nouvelles perspectives. Se pose alors la question de sa direction. Saarinen dit ne pas être candidat: « Le processus de sélection est en cours. Personnellement, je suis entièrement pris par le travail pour ma compagnie et je préfère me consacrer à la création artistique.» Dans l’ensemble, la structure comptera quinze employés. Elle sera coproducteur de spectacles, mais devra aussi louer ses espaces pour générer des revenus.

Séoul se réinvente

Helsinki a des longueurs d’avance sur Séoul, où on commence tout juste à définir un projet. Mais les portent s’ouvrent, puisque la Corée du Sud vit actuellement un renouveau politique - si ce n’est une révolution - comparable à la victoire de François Mitterand en 1981. Après une période de gouvernance délétère, des manifestations de masse, des élections et l’arrestation de l’ancienne présidente du pays Park Geun-hye, le pays va restructurer sa politique culturelle, précédemment entachée par une vaste opération de censure économique sur des artistes considérés comme oppositionnels.

C’est le moment d’aller de l’avant, pour revendiquer la création d’un centre national de la danse, se disent les acteurs de la danse du pays. En novembre 2017, la Korea Dance Association a donc organisé un forum international pour poser un premier pion sur l’échiquier de la redéfinition des politiques publiques du pays concernant la scène culturelle.

Mathilde Monnier très convoitée

L’organisation d’un forum international avait pour but d’officialiser leur lobbying en faveur d’une grande institution et d’inscrire la danse coréenne dans le paysage chorégraphique international. On avait même invité Mathilde Monnier à expliquer le fonctionnement du CND français et celle-ci, pas forcément disposée à faire 24h d’avion A/R pour les quinze minutes de temps de parole accordées, leur avait enregistré une vidéo. Mais le désir de l’accueillir à Séoul était si fort qu’on lui avait réservé une place sur le podium, tout en sachant qu’elle ne serait pas physiquement présente !

Tout reste à faire à Séoul, mais étant donné la dynamique actuelle du revirement politique et le désir de créer de nouvelles structures, en tenant compte de la culture locale du palli palli (vite! vite!), il n’est pas à exclure que la Corée égalisera l’avance actuelle prise à Helsinki et que les deux pays donneront simultanément un nouveau souffle à leurs productions chorégraphiques respectives.

A Séoul, on ne pose pas encore la question de la direction d’un futur centre national de la danse, mais celle-ci sera cruciale. A Séoul comme à Helsinki, la personne choisie exercera un pouvoir sur la scène chorégraphique qui dépasse largement l’influence de la directrice ou du directeur du CND français. Ce qui se pense comme une avancée pourrait donc se transformer en retardement, surtout à Séoul où les structures du paysage chorégraphique évoluent bien plus lentement que la situation politique.

Thomas Hahn

 

 

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