Germaine Acogny « A un endroit du début »

A un endroit du début, c’est peut-être là où l’Europe et l’Afrique échangent leurs contes et mythes ancestraux, où se croisent les époques et les langages artistiques. Où commença l’histoire d’Acogny ? Elle ne retrace ici ni sa carrière de danseuse ni celle de sa technique de danse ou son parcours de chorégraphe.

Deux figures dominent le récit. Le père, la grand-mère, tous deux racontés du point de vue de la grande dame qui occupe le plateau. Seule en scène, elle ne l’est pas vraiment. Les vidéos de Sébastien Dupouey déploient leur propre chorégraphie, créant un intense dialogue scénique.

Acogny, les soixante-dix ans passés, reste une combattante. Raconter sa vie ne l’intéresse que parce qu’il y a là des endroits et des débuts qui touchent à un sujet actuellement au cœur des préoccupations d’Acogny, à savoir la places des femmes dans les sociétés africaines. Aussi nous présente-t-elle une histoire de la femme africaine, de sa grand-mère prêtresse Yoruba - qui donne naissance au père d’Acogny à l’âge de soixante ans - à sa propre décision de quitter son mari quand celui-ci décide d’épouser une deuxième femme.

A un endroit du début - Germaine Acogny © Thomas Dorn

Toujours révoltée et énergétique, Acogny laisse entrevoir des moments de boxe, mais sait aussi montrer qu’elle fait aujourd’hui partie de ces monuments chorégraphiques vivants qui incarnent la danse, même en position assise. Debout elle met sa technique spécifique au service d’une création très théâtrale, qui lui permet de critiquer la domination masculine, même à l’intérieur de sa propre famille et d’évoquer sa conversion de l’animisme au catholicisme, non sans terminer, après avoir expié toute sa fureur en dansant, sur un « Papa, je te pardonne ! »

A un endroit du début est donc une sorte de manifeste personnel, intime et culturel, fort d’une véritable fusion entre danse, art visuel et dramatique, où le metteur en scène Mikaël Serre met en valeur la relation entre Acogny et les images tournées autour de l’Ecole des Sables. Paysages et habitants, échoppes et portraits d’enfants et de vieux croisent la danse qui termine sous forme d’animal mythologique qui peut autant appartenir à une mythologie africaine qu’au carnaval alémanique. Spectacle indispensable pour comprendre l’œuvre d’une vie consacrée à la danse.
 
Thomas Hahn

Théâtre des Abbesses, 16-19 mars 2016

http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-germaineacognymikaelserreaunendroitdudebut-978
 

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