« Fruits of Labor » de Miet Warlop

Fruits of Labor, dernier opus de l’imprévisible Flamande, tourne en France : Un concert chorégraphique et théâtral, en mode burlesque mécanisé.

Voilà le spectacle qu’on rêve de faire quand on a treize ans ! Où l’on peut tout imaginer, tout expérimenter. Bien sûr, Fruits of Labor est plus raisonné qu’une facétie de jeunesse. Mais cette revue totalement farfelue en conserve toute la liberté d’esprit. En gros, Fruits of Labor part à la reconquête d’un état d’insouciance, avec un cérémonial de grande malice.

Aussi innocente qu’elle puisse paraître, Miet Warlop, Flamande pur-sang, se révèle en meneuse de revue et chanteuse rock au timbre étonnement granuleux. Tour à tour fragile, énergétique ou malicieuse, elle nous rappelle les cérémonies hardcore d’une Erna Omardottir...

Après des créations basées sur la peinture et le plâtre, Warlop s’entoure ici de de musiciens et chanteurs rock. Ensemble, ils savent inventer d’étonnantes machines artisanales servant à chorégraphier un concert underground. Musique, textes et machines ouvrent la voie à des présences scéniques rebelles, où théâtre, danse et performance ne font plus qu’un : Toujours chanteurs ou musiciens, toujours bien plus que cela, et surtout : Totalement trans(disciplinaires).

Terpsichore à facettes

Fruits of Labor commence très show, au 2nd voire au 4e degré, avec Warlop qui se glisse dans une combinaison argentée pour se transformer, de la tête aux pieds, en boule à facettes, pivotant en fond de scène, probablement déjà installée sur la platine qu’on verra tourner plus tard d’une manière assez surréaliste. Ce début étincelant serait placé sous un jour parfaitement artisanal, s’il n’y avait pas l’éblouissante perfection des faisceaux, dignes d’une artiste visuelle comme Ann Veronica Janssens, dans ses installations et ses scénographies pour Anne Teresa de Keersmaeker.

Au rêve de la scintillante Terpsichore à facettes suivent un passage par les ténèbres de nos peurs collectives et une parodie wagnérienne, façon Crépuscule des Dieux. Une belle culture de savoir-mourir sur laquelle Warlop et sa bande de musiciens (Joppe Tanghe, Wietse Tanghe, Tim Coenen, Seppe Cosyns) bâtissent la voie vers une libération partagée avec les spectateurs, la salle restant « allumée » à plusieurs reprises pour mieux intégrer le public dans la cérémonie.

De l’utilité de la liberté

Après les ténèbres : Lumière, ouverture et liberté. Au centre, un bloc carré en polystyrène, aux dimensions d’un frigo américain sur lequel on peut pavaner, mourir, se crucifier avec des baguettes de batteur, venir à bout d’un taureau imaginaire... Et aussi: Parodies de flamenco et de derviche tourneur, basketball musical. Inénarrables inventions où des jets d’eau jaunes ou rouges atterrissent dans un tambour de la batterie décomposée.

Fruits of Labor se situe dans la bonne tradition flamande et néerlandaise de l’invention d’appareils mécaniques parfaitement absurdes qui n’ont de sens que dans le contexte d’un spectacle précis, rejetant la dictature du tout-utilitaire. Warlop et sa bande vont au bout de leur éloge de l’inutilité, jusque dans le fait de mettre au centre du spectacle le roadie, technicien des concerts de musiques amplifiées. Lui seul est ici présenté comme utile, car au service de l’inutile. Voilà qui s’appelle : Liberté. Une chose cependant est tout sauf inutile : L’épatante qualité musicale du spectacle. Tout labeur porte ses fruits…

Thomas Hahn

Spectacle vu à Marseille, La Criée / festival Actoral, le 12 octobre 2016
Coproduction Miet Warlop/ Latitudes Contemporaines
Par et avec: Wietse Tanghe, Tim Coenen, Joppe Tanghe, Seppe Cosyns, Miet Warlop Assistés par: Barbara Vackier (sculptures), Ian Gyselinck (constructions) et An Breughelmans (costumes )
Technique: Hugh Roch Kelly and Saul Mombaerts Lumières: Henry E. Doublier

En tournée : 15-17 novembre : Rennes, festival Mettre en scène
6-7 décembre 2016 : Paris, Grande Halle de La Villette

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