Festival ZOA : La 7ème édition

En prenant pour thème général l’altérité, la Zone d’Occupation Artistique présente quatre créations et deux premières françaises.

Aujourd’hui fort de sa 8e édition, ZOA est  pourtant encore un festival jeune. Né dans la petite salle de La Loge (11e arrdt) de Paris, la Zone d’Occupation Artistique a depuis essaimé dans les salles les plus diverses, pour occuper théâtres, mairies, studios et autres lieux atypiques. La 7e édition investit le Théâtre de la Reine Blanche, Point Ephémère, l’Etoile du Nord, Le Regard du Cygne et la Générale.

ZOA affiche une signature bien définie, d’une précision paradoxale. Car cette zone est précisément celle où aucune définition ne tient. Sabrina Weldman, qui a fondé ZOA en 2012, a su développer un art personnel d’éplucher des territoires artistiques dans l’entre-deux, dans cette sphère qu’on appelle « indiscipline ». Ce n’est donc pas un festival de danse, mais un espace de recherche, où la danse est traversée par d’autres arts, ou inversement, jusqu’à inventer de nouveaux espaces artistiques.

Petit budget, grand effet

ZOA a acquis, malgré ses maigres ressources, une solide réputation de zone artistique permettant de découvrir des artistes émergeants qui bousculent les façons de voir la danse, et même le spectacle vivant en général, pour encourager les formes hybrides, l’invention et la prise de risque, la remise en question des genres (humains ou artistiques) et la transgression de tabous. Bref : L’inattendu. Aussi, cette nouvelle édition est-elle placée sous la thématique des « Altérités », que celles-ci soient extérieures ou intérieures.

Certains artistes qu’on a vu émerger à ZOA ont depuis pris leur envol jusque dans le In du Festival d’Avignon, comme Mohamed El Khatib ou Gurshad Shaheman. Et bien qu’il s’agisse d’une zone résolument low-budget, ZOA accompagne certains artistes puisque c’est ici qu’ils peuvent expérimenter de nouvelles idées pour de nouveaux espaces.

Les spectacles 2018

L’un d’entre eux est Vincent Lacoste qui  ouvre ZOA à La Générale, avec une proposition entre danse et arts plastiques. Slow torments, exposition de corps tourmentés joue autour de la frontière entre la vie et la mort, le spectacle et l’exposition, la danse et les arts plastiques ou encore entre chute et élévation.

Au Théâtre de la Reine Blanche, Léa Leclerc et Julie Knittl vont créer Paul, un duo scénique et chorégraphique autour d’un homme que le spectateur a tout loisir d’imaginer, pour s’interroger sur la place de l’individu dans le monde actuel. Dans la même soirée, Ana Paula Gusmao présente, avec Palma, une raillerie sur le flamenco, où elle se jette dans les rires et les pleurs jusqu’à ce que les deux deviennent impossibles à distinguer.

Ana Paula Gusmao codirige avec Maria Montero la Compagnie Caminante, dont ZOA reprend le spectacle Men’s Day (lire notre critique) en raison des troubles profonds que la pièce avait su produire dans l’édition 2017, en faisant vaciller les frontières entre le féminin et le masculin, lequel ressurgit dans un autre spectacle, dans la relation père-fils. Pourquoi ne sais-tu pas marcher dans la neige?, pour la première fois présenté en France, se situe entre autobiographie, reportage, performance et histoire familiale. Dans ce duo de Nicolas Turicchia et son propre père, figurent des vidéos tournées en Super 8 par le père, entre 1970 et 1985.

La fiction aussi sait brouiller les pistes entre les genres. Il y a trois ans, la chorégraphe Sun-A Lee s’est produite comme comédienne, dans un court-métrage cinématographique sans l’ombre d’une pensée pour la scène. Elle crée pourtant aujourd’hui un dialogue entre ce film et le plateau, où elle interprète le même personnage à l’écran et à la scène. Dancing Dance for me n’est donc ni tout à fait une séance de cinéma ni tout à fait un spectacle, mais une « projection chorégraphique ».

La proposition la plus pure, en termes de genre, de toute  cette édition de ZOA est sans doute Piel de Maria Eugenia Lopez qui interroge, dans ce duo chorégraphique, les interdictions ou permissions implicites qui font partie des codes sociaux propres à chaque culture, définissant les interdits concernant la possibilité de toucher l’autre lors d’une rencontre ou d’une conversation : Un duo à fleur de peau!

Thomas Hahn

ZOA, du 12 au 31 octobre 2018

www.facebook.com/ZoaZoneDOccupationArtistique

 

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