Festival Trente Trente : Meytal Blanaru parle de son solo « Rain »

La chorégraphe-interprète d’origine israélienne donne une avant-première de son solo Rain le 25 janvier. Interview. 

Danser Canal Historique : Vous allez présenter Rain comme travail en cours, au festival Trente Trente, avant la création de la version complète au Théâtre Les Brigittines de Bruxelles, le 25 avril. Quels sont les thèmes de ce solo et d’où en vient l’inspiration?

Meytal Blanaru Rain est une pièce qui questionne les concepts de l’identité genrée et de l’être-femme. Le travail part de mes souvenirs d’enfance, venant d’une époque où je cherchais à questionner la construction de ma féminité. Cela concernait en particulier la manière dont j’étais programmée à percevoir ma personnalité et mon corps, le plus souvent à travers le regard des hommes. A l’ère de #metoo, et chargée de ma propre histoire dont j’aimerais être capable de parler en utilisant le langage du corps, je ressens aujourd’hui la nécessité d’aller au-delà de mon expérience personnelle, pour partager ces thèmes au sens large avec le public. 
 

DCH : Quels sont les éléments artistiques qui construisent Rain 

Meytal Blanaru : Je suis contente de relever ici un certain nombre de défis. Aussi, pendant toute la durée du spectacle, mes pieds restent cloués au même endroit. Je sentais qu’en enlevant l’outil du déplacement dans l’espace, il est possible de plonger plus profondément dans les détails fascinants du corps en mouvement, et de donner plus d’espace et d’importance aux moindres détails des gestes et de la transformation du corps. La musique a été créée par Benjamin Sauzereau avec qui je collabore régulièrement. J’apprécie vraiment son jeu subtil et sincère de la guitare électrique et sa manière d’utiliser un minimum d’outils pour créer un environnement sonore d’une grande richesse.

DCH : Quelles sont ici les sources de votre travail sur le mouvement et le corps? 

Meytal Blanaru : J’ai commencé le travail sur Rain  après une année de recherche corporelle par une pratique quotidienne de la méthode somatique de Feldenkrais, méthode consacrée à nos schémas cinétiques pour débloquer ceux-ci et trouver de nouvelles façons de bouger et de percevoir son corps. Pour chacune de mes créations, ma recherche corporelle part de la méthode Feldenkrais. L’année dernière, j’ai travaillé en particulier sur le mouvement « à tâches multiples », autrement dit, sur la coexistence simultanée de différentes couches de mouvements et d’états, dans différentes parties du corps. Il m’a fallu plus de huit mois pour maîtriser cette technique qui exige un haut niveau de concentration et de coordination. Ce langage du corps est donc devenu l’outil central dans la composition chorégraphique de Rain,  et il est vrai que cette technique y était très utile puisque la pièce parle beaucoup des mythes de la féminité. Je cherchais un moyen pour démonter ou détourner ces narratifs et symboles. 
 

DCH : Existe-t-il un lien entre Rain et vos pièces précédentes ? 

Meytal Blanaru : Mes pièces précédentes ont toujours tourné autour d’un souvenir-clé de mon enfance. Il s’est toujours caché quelque part au fond de mes chorégraphies et je ne cesse de retomber sur ce souvenir ou de lui tourner autour, d’une manière ou d’une autre. Dans ce nouveau solo, je l’aborde pour la première fois d’une manière plus directe.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Rain, le 25 janvier 2020 à l’Atelier des Marches (Le Bouscat) dans le cadre des parcours proposés par le festival Trente Trente.

Concept, chorégraphie et performance : Meytal Blanaru
Musique: Benjamin Sauzereau
Dramaturgie : Olivier Hespel

 

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