« Fall » de Victor Hugo Pontes

Le chorégraphe portugais livre une étude sur la chute, face à nos désirs d’envol. Et le ciel s’écroule...

Quand le rideau s’ouvre, les interprètes de Fall sont suspendus aux cintres, les poignets en état d’urgence. Et puis, ils tombent, l’un après l’autre, comme dans un concours d’endurance. On songe à Celui qui tombe de Yoann Bourgeois et autres spectacles chorégraphiques consacrés à la chute. Ce septuor du chorégraphe portugais Victor Hugo Pontes ouvre sur une idée de lutte pour la survie. L’apocalypse peut surgir partout, sans crier gare.

Mais dans l’ensemble,  Fall ne verse pas dans le catastrophisme. Pontes, les danseurs et la pièce s’emparent du plateau sur un mode plus poétique que dramatique, faisant chanter les corps en mode Fado. S’y élabore un vocabulaire de la chute, mais plus encore des unissons au ralenti sur un concerto rappelant Eric Satie (musiques originales: Rui Lima et Sérgio Martins) ou des solos incarnant un état d’impesanteur sous-marine. Sans parler des tête à tête à quatre pattes et des portés sur une seule épaule...

En anglais, fall a bien deux acceptions très différentes: D’une part le verbe de tomber, d’autre part l’automne, en référence aux feuilles mortes qui tombent. En français, il faut trancher entre la chute et l’acte de tomber. La première renvoie certes aux feuilles mortes mais aussi aux anges, à la morale etc. Le second fait référence aux lois de la physique. Dans Fall, les deux ont leur importance.

On se relève, on rattrape l’ami.e qui chute, on glisse et on roule sur le plan incliné, on saute vers l’inconnu en se tenant par la main... La bande-annonce souligne amplement le leitmotiv de la pièce. Mais Fall donne à ressentir avant tout une réflexion sur ce qui précède la chute, sur notre désir de lévitation, sur l’entraide et le partage, sur le trépas et la condition humaine.

Car rien n’y fait, l’homme reste lié à la terre, il retournera à la terre, malgré le beau ciel bleu en arrière-plan, doté de petits nuages blancs évoquant la légèreté ascendante, comme dans un tableau de Nicolas Poussin. Ce joli ciel tout-serein, ce rideau de fond, finit même par s’écrouler en plein orage, alors que le vrai ciel sous lequel s’est donné Fall, au festival Paris l’été, était d’une pureté immaculée.

Dans la partition chorégraphique, d’obédience contemporaine, on décèle des pas de danse traditionnelle, de breakdance et des éléments acrobatiques, voire circassiens. Et à la fin, le monde est sens dessus-dessous, les danseurs se tenant sur la tête comme pour quitter le monde les pieds devant, comme pour narguer leur chute initiale, comme pour nous dire qu’ils ne sont pas tombés sur la tête mais entendent faire eux-mêmes les choix de leurs chutes.

Créé en 2015, Fall se permet de belles divagations, mais aussi quelques-unes de trop. Pontes mise sur l’ambiance, mais celle-ci aurait besoin d’être sous-tendue par plus de surprises et plus de profondeur dans le regard sur l’humain face à la chute. Trop rapidement, Fall atteint ses limites, autant sur le fond qu’en matière de langage chorégraphique. La belle cohésion du groupe évite cependant au spectacle de s’abimer dans un crash fracassant.

Thomas Hahn

Spectacle vu le 3 août 2018, Paris, lycée Jacques Decour, festival Paris l’été

Fall
Direction artistique et chorégraphie : Victor Hugo Pontes
Scénographie F. Ribeiro
Photographie : João Paulo Serafim
Lumières : Wilma Moutinho.
Musique originale : Rui Lima et Sérgio Martin
Dramaturgie : Madalena Alfaia
Danse : Anaísa Lopes, Ángela Díaz Quintela, António Torres, Daniela Cruz, Diogo Almeida, Marco da Silva Ferreira, Valter Fernandes

 

 

 

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