Faits d’Hiver : « Inertia » de Kirsten Debrock

Faits d’Hiver a débuté le 12 janvier et vient de clôturer sa 19ème édition le 9 février avec la création d’Inertia de Kirsten Debrock.

Sur un plateau noir, trois « stores » sombres finement grillagés posés de haut en bas cachent légèrement Deborah Lary et Tamara Bacci. Les deux femmes vêtues de noir les mains cachées dans des pochettes argentées apparaissent tout d’abord faiblement puis de plus en plus visiblement dans une danse très intériorisée.

Puis les corps se délient et se déplient tout en restant fermement ancrés au sol. Pas de saut ni d’élévation, mais uniquement de magnifiques torsions du buste sans que leurs mains quittent cet accessoire lumineux relié à elles par des élastiques. Puis, une certaine douleur due à la complexité du mouvement commence à se dévoiler par touches successives.

Un jeu de lumière savamment étudié qui dessine des zones d’ombre entre lignes et bandeaux noirs et gris met en exergue un style très esthétique donc très pur. Puis, cette souffrance explose et fait songer à des femmes coincées sous terre. Que cherchent-elles ? Sont-elles dans une mine dangereuse en quête de diamants, ce qui expliquerait ces pochettes argentées ? Les mouvements d’entrelacs de bras et les errements de corps baissés signifient-ils qu’elles cherchent une issue pour s’extraire d’une vie épouvantablement sombre ?

Cette angoisse d’enfermement est palpable, l’envie de se relever et de surmonter le danger est extrêmement bien dessiné par les deux interprètes dont la danse souffle une vaillante énergie des pieds jusqu’au bout des doigts. Elles ne se regardent pas, mais il est évident que lorsque l’une d’entre elle vacille et s’abandonne, l’autre lui insuffle la force lui permettant de ne pas céder à la fatigue et à l’angoisse afin de trouver le bout du tunnel. Mais y a t-il vraiment une porte de sortie ?

Galerie photo © Maïa Jannel

Kirsten Debrock raconte la force de vivre avec une sensibilité à fleur de peau. Elle fait aussi songer au chemin qui annonce la vieillesse soit la perte de repères, la difficulté à se battre, les gestes diminués et les pas fragilisés. Toute la puissance de cette pièce est dans le fait que plusieurs hypothèses sont envisageables. Et c’est justement tout l’attrait de la danse contemporaine lorsqu’elle est nourrie comme dans Inertia par une scénographie très élaborée, une dramaturgie fort bien pensée et une danse à la fois délicate et puissante superbement bien interprétée.

La 19ème édition de Faits d’Hiver se termine en beauté, son directeur Christophe Martin est heureux puisque les représentations ont accueilli un large public. Vive la 20ème édition !

Sophie Lesort

Inertia de Kirsten Debrock.

Interprètes : Deborah Lary et Tamara Bacci.

Design sonore : Olivier Soliveret

Création Lumière : Laetitia Orsini

 

 

 

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