Exposition « Corps Rebelles » à Lyon

Une approche sensible, intime et personnelle du paysage chorégraphique, invitant un large public à « entrer dans la danse » contemporaine.

On rencontre à Lyon, plus fréquemment qu’ailleurs, un type de spectateurs qui incarne l’énorme potentiel de la danse contemporaine : Ouvert, curieux, attiré par l’image très dynamique de la Biennale et de la Maison de la Danse. Et surtout, en quête de repères dans une offre pléthorique d’esthétiques, de tendances et de noms.

Ces spectateurs sont aussi le public idéal de l’exposition Corps Rebelles, présentée au Musée des Confluences jusqu’au 5 mars 2017. L’approche est en osmose parfaite avec la devise de cette 17e édition de la Biennale : Savante et populaire ! Les entrées choisies pour se frayer un chemin dans le paysage de la danse offrent des repères émotionnels plutôt que didactiques.

Danse virtuose, Danse vulnérable, Danse d’ailleurs, Danse politique, Danse savante et populaire et puis Lyon, terre de danse, section valorisant l’apport lyonnais à l’art chorégraphique, ici symbolisé par Mourad Merzouki, enfant du grand Lyon qui lui est toujours resté fidèle. Les six thématiques sont complétées par une étude de cas sur la relecture d’un classique : Le Sacre du Printemps, œuvre qui a pris au XXe siècle la place-clé qu’occupait, au siècle précédent, Le Lac des cygnes.

D’abord orientée sur la danse québécoise et présentée au Musée de la Civilisation à Québec, Corps Rebelles prend à Lyon une nouvelle orientation et se situe dans un dialogue transatlantique, grâce aux choix d’Agnès Izrine, commissaire scientifique de l’exposition.

Obscurité, liberté, intimité Le visiteur entre dans un espace dont l’obscurité ne peut que rappeler le foyer de l’Opéra de Lyon, de même qu’on peut s’étonner de ce que l’architecture extérieure du Musée des Confluences ne soit pas l’œuvre de Jean Nouvel, tant elle rappelle la Philharmonie de Paris.

Mais ici, la relative obscurité est synonyme d’intimité avec les chorégraphes présents en images et en son. On met donc son casque et, étant donné la structure ni hiérarchisée ni chronologique de l’ensemble, on navigue librement entre les sept pôles de Corps Rebelles, pour se laisser absorber par les vidéos de danse et interviews.

Unir au lieu de diviser

Cette liberté est cruciale pour l’image de la danse contemporaine donnée au grand public, qui peut ici s’approprier la diversité de ce langage artistique au gré de ses coups de cœur. Et chaque section permet la rencontre avec un(e) artiste emblématique. Les six catégories choisies ont la qualité d’unir le champ de la danse, au lieu de le diviser.

Louise Lecavalier, en tant qu’étendard de la Danse virtuose, a développé un style aussi savant que populaire. Toute présentation de danses d’ailleurs comme ici avec Salia Sanou ou Raphaëlle Delaunay, entre dans un champ politique, tout comme la Danse sensible de Raimund Hoghe ou, par la grande porte, le Défilé de la Biennale. Cécilia Bengolea et François Chaignaud, élus pour Danse savante et populaire, sont toujours sur le front de la virtuosité, tout comme chaque danseur dans la rue ou dans un club, aujourd’hui source d’inspiration pour la danse d’auteur, aspire à améliorer sa technicité.

Tous réunis, sous le titre Corps Rebelles. Parce que danser signifie toujours aspirer à se libérer de quelque chose, par la rébellion contre la gravité, contre les limites du corps, contre l’intolérance, les ségrégations, les images d’Epinal, l’uniformisation... L’objectif n’est pas de faire « comprendre » la création chorégraphique, mais d’inviter le public à un dialogue plus personnel. Ici on peut donc « tomber en amour » avec la danse contemporaine, ou bien approfondir son regard sur les chorégraphes mis en exergue.

Thomas Hahn

Musée des Confluences
Corps rebelles

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