Entretien avec Stile Nilsen

A l’occasion du festival CODA 2019, qui a eu lieu en octobre à Oslo, Stine Nilsen, sa directrice dresse un état de la danse norvégienne d’aujourd’hui.

Danser Canal Historique : La danse norvégienne avait beaucoup évolué dans les années 2000. Quelle est la situation Actuelle ? Et pourquoi ?

Stine Nilsen : La situation actuelle est qu’il y a environ 40 à 50 compagnies indépendantes et chorégraphes qui reçoivent un financement au projet, environ 4 à 7 compagnies de taille moyenne qui bénéficient d’un soutien continu (maximum 12 ans) et seulement 3 grandes compagnies nationale* ; L'Opéra Ballet, Carte Blanche et Nagelhus Schia Productions**.

En 1993, d’importantes chorégraphes indépendantes se sont réunies pour organiser «The year of dance». Danseinformasjonen (le centre d’information sur la danse) a été créé en 1994 et avait pour mandat de créer une scène nationale pour la danse, qui s’est déroulée en 2004 et a finalement eu sa propre maison en 2010, Dansens Hus.
 
DCH : Certaines des compagnies les plus importantes de la scène danse norvégienne sont en difficulté à cause d'une décision budgétaire. Pourriez-vous nous expliquer la situation ?
 
Stine Nilsen : Les compagnie les plus réputées, par exemple celle de Jo Strømgren, Ingun Bjørsngaard, Alan Lucien Øyen / hôtes d'hiver, ont bénéficié d'un financement à long terme pour une période de 4 ans (financement de base). Ce système n'a été programmé que pour 12 années consécutives au maximum. Mais voilà que certaines de ces compagnies ont atteint la fin de la période de 12 ans et n’ont donc aucun moyen de demander à nouveau un un financement de base permanent. Elles peuvent toujours demander un financement au projet.

Le problème avec le financement de projet, par opposition au financement de base, est qu’il est plus difficile de planifier et de mettre en place des tournées sur une plus longue période, ce qui est nécessaire pour garantir les tournées nationales et internationales.

DCH : Quelles pourraient être les conséquences de cette situation ?

Stine Nilsen : Ces compagnies pourraient ne plus pouvoir employer leurs danseurs ou leurs personnels de production de manière régulière. L’absence de ces personnels nuit à la planification et à la gestion des tournées, ainsi qu’à la demande de subventions.

Cela signifie que ces compagnies auront besoin de financer des répétitions chaque fois qu’on leur demandera de jouer ou de faire une tournée. Le financement de ces répétitions procède d’une démarche différente de celle permettant de créer une œuvre. Par conséquent, il retarde la confirmation d’une tournée si la compagnie n’a pas les fonds nécessaires qui permettent de faire répéter les danseurs avant une tournée.

Ceci n’est pas, bien sûr, un problème spécifiquement Norvégien.

DCH : D'où viennent les jeunes chorégraphes norvégiens et quelles sont leurs ambitions professionnelles ?

Stine Nilsen : La plupart d'entre eux sont formés à l'Académie nationale des arts d'Oslo, au Baccalauréat ès arts en danse ou au Master en chorégraphie. Il y a aussi un doctorat pour la recherche et la chorégraphie. Le Baccalauréat ès arts prend environ 10 étudiants chaque année pour le ballet, ou le jazz, ou contemporain, et le Master prend environ. 5-8 étudiants. La thèse seulement 2-3 sur une période de 3 ans.

Un autre collège possède un baccalauréat en art de la danse et en théorie chorégraphique.

Cela a contribué à développer davantage de chorégraphes en Norvège depuis qu'il a commencé à dispenser ses cours 2006.

DCH : Vous avez introduit une nouveauté dans le festival CODA que vous dirigez : la DEN (Dance Expo Norway). Pourquoi cela était-il nécessaire ?

Stine Nilsen : Nous avons pensé qu’il était souhaitable de mettre en place un séminaire et une plate-forme ciblés pour présenter la danse qui se fait en Norvège actuellement. Dance Expo Norway a également pour objectif d’offrir l’opportunité pour les producteurs de développer leurs méthodes de collaboration et de présenter les chorégraphes aux invités internationaux.

Nous avons constaté un intérêt croissant pour les œuvres des pays nordiques et nous savions que ICE HOT - la plate-forme pour les œuvres nordiques – n’aurait pas lieu en 2019***.  Nous avons donc pensé qu'il était important d’organiser cette année une proposition à propos de la danse norvégienne.

Nous avons invité les 5 principaux lieux avec lesquels nous collaborons et qui ont rencontré et soutenu de nombreux artistes du monde de la danse norvégiens tout au long de l’année à participer. Nous avons également demandé à 5 festivals norvégiens à participer. C’est donc un moyen de rassembler et de mettre en relation l’ensemble du monde de la danse en Norvège et d’échanger sur ce qui se passe actuellement sur la scène de la danse norvégienne.

C'était un appel ouvert à tous les artistes, donc personne n'a été invité à moins qu'ils n'aient postulé. En fin de compte, nous avons choisi une gamme d'artistes jeunes et moins jeunes, originaires de toute la Norvège.

DCH : Pourquoi avez-vous choisi pour ce DEN que les chorégraphes expliquent leurs pièces et montrent des vidéos mais ne dansent pas d’extraits de leurs pièces ?

Stine Nilsen : C'était un choix parce que nous voulions que plus d'artistes aient l'occasion de parler de leur travail. Nous n’aurions pas pu en présenter autant si tout le monde avait présenté une pièce en scène ou un extrait en studio. C'était aussi une question financière, car nous voulions payer les danseurs si on leur demandait de faire plus que parler.

Le plan prévoit une plate-forme plus complète en 2021, lorsque chaque site présentera un travail à grande échelle, ainsi que des emplacements pour hôtes et des projections en studio.

DCH : Est-ce si difficile pour les artistes norvégiens de montrer leurs œuvres ?

Stine Nilsen : La plupart des artistes ont du mal à trouver assez de tournées à cause des frais de déplacement et du manque de scènes adaptée pour la danse.

Il n'y a pas beaucoup de lieux en dehors d'Oslo qui programment de la danse, le public n’est pas très développé et il n’existe pas de tradition de programmation de danse. Les villes de Stavanger, Kristiansand, Bergen, Trondheim, Bodø, Tromsø et Hammerfest ont des lieux où la danse est parfois programmée, mais il n'y a pas de scènes spécifiques sauf à Bergen.

Afin de faciliter les tournées en Norvège, cinq sites ont commencé à collaborer afin de créer un réseau de tournées auquel les artistes peuvent faire appel pour obtenir une aide financière, ainsi que des lieux de contact pour les tournées. Cela bénéficie désormais du soutien du ministère de la Culture depuis 2017/18. Mais c’est un réseau très jeune pour les tournées.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Philippe Verrièle

* Pour plus d’information sur les compagnies, voir le site

** Figure de la danse Norvégienne, ancienne danseuse de la compagnie Carte Blanche de 2001 à 2009 puis d’Eastman de Sidi Larbi Cherkaoui, Guro Nagelhus Schia a reçu le 18 décembre 2017 une subvention de 17,5 millions de couronnes de Akershus Fylke Kommune (municipalité régionale) pour créer une nouvelle compagnie de danse norvégienne. Avec son directeur artistique adjoint, Vebjørn Sundby, elle dirige une compagnie qui a pour mission de créer, produire et promouvoir des productions de danse de la plus haute qualité à l’échelle internationale. La compagnie invitera des chorégraphes nationaux et internationaux, deux maîtres renommés, ainsi que des artistes novateurs émergents à créer de nouvelles œuvres.

*** Organisée tous les deux ans depuis 2010, la plateforme Ice Hot Nordic Dance a été reprise par Dance Info Finland. La prochaine plateforme devrait avoir lieu en 2021. 

 

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