Entretien avec Giorgio Mancini

Il y a trois ans, dans les tout derniers jours de décembre 2014, Giorgio Mancini créait pour Mathieu Ganio et Dorothée Gilbert, étoiles de l’Opéra de Paris, un Tristano e Isotta sur la musique de Wagner. Il reprend aujourd’hui ce pas de deux en l’enrichissant d’une première partie chorégraphiée sur les Wesendonck Lieder, pour une série de représentations au Japon. Interview.

Danser Canal Historique : Après sa création en Italie en décembre 2014, quelle a été la carrière de votre Tristano e Isotta ?

Giorgio Mancini : Après Florence, le ballet a été présenté l’été suivant à Ravello dans le cadre du festival musical. L’année suivante, nous l’avons tourné en Russie à Sotchi, au Luxembourg et à Madrid. Nous étions dès ce moment-là en contact avec le Japon et devions venir à Tokyo en 2017, mais le projet a finalement été décalé au début de cette année. Nous donnons donc trois soirées et une matinée les 11, 12 et 13 janvier à l’Orb Theater de Tokyo, une grande salle de plus de deux mille places située au centre de la ville, dans le quartier de Shibuya.

DCH : Pourquoi avoir complété ce programme avec une nouvelle création ?

Giorgio Mancini : Pour le public japonais, la durée de mon ballet, soit environ cinquante-cinq minutes, n’était pas suffisante. S’agissant d’une soirée entière de « Grand Gala », , il fallait une pièce supplémentaire. J’ai alors pensé aux Wesendonck Lieder (dans l’interprétation de Jessye Norman) qui présentent avec Tristano des correspondances naturelles : Wagner avait dédicacé à Mathilde Wesendonck son opéra, dans lequel il a repris certains motifs musicaux des Lieder. J’ai ainsi clos un cycle Wagner que j’avais ouvert en 2011, avec la création d’un court duo sur la Mort d’Isolde au Palazzo Strozzi, à Florence.

.DCH : Vous avez souhaité travailler à nouveau avec des danseurs de l’Opéra de Paris…

Giorgio Mancini : En m’inspirant de la musique et de l’histoire de ces lieder, j’avait l’idée de créer un trio amoureux - ces poèmes avaient été écrits par Mathilde Wesendonck, qui était l’épouse d’un des mécènes du compositeur ; Wagner, tombé fou amoureux d’elle, les avait mis en musique entre 1857 et 1858, afin de la séduire -. J’ai tout de suite pensé à Hugo Marchand et Germain Louvet, en ayant l’idée de jouer sur l’amitié qui existe naturellement entre ces deux danseurs, et j’ai choisi Hanna O’ Neill pour incarner la figure féminine. 

Galerie photo © James Bort

DCH : La chorégraphie de ces Wesendonck Lieder est-elle dans le même esprit que celle de Tristano e Isotta ?

Giorgio Mancini : On y retrouve la même gestuelle sensuelle et émotionnelle. Toutefois, dans ces Wesendonck, il n’y a pas ce sentiment de drame qui plane en permanence sur Tristano e Isotta . Les pas de trois, de deux, le solo féminin (sur le premier lied et l’un des plus beau, Engel ) sont toujours dans le registre de la douceur.

La lumière elle-même est très charnelle, alors que celle de Tristano est beaucoup plus froide. Autre différence, je n’ai souhaité ni costumes ni décors. Hanna O’Neill est en justaucorps, et les garçons sont en shorts et maillots. Leurs corps superbes n’ont pas besoin d’accessoires ! Ainsi conçus, ces Wesendonck constituent une sorte de prélude épuré au Tristano.

DCH : Comment avez-vous travaillé ?

Giorgio Mancini : Très vite, du moins pour ce qui concerne les répétitions ! Car compte tenu du planning serré de mes trois interprètes, je n’ai disposé que de quelques jours fin octobre - début novembre puis début janvier, à peine une semaine au total pour monter les cinq lieder. Heureusement, j’avais conçu en amont tout le découpage et je savais quel type de présence j’attendais de chaque danseur.

L’important est d’avoir l’idée préalable, la chorégraphie suit ensuite naturellement. Quant aux pas à proprement parler, je les ai créés avec eux pendant les quelques heures passées ensemble. Mais tous trois sont des danseurs magnifiques, de grands professionnels qui ont tout compris très vite et ont une capacité de mémoire impressionnante. J’espère que le public européen, en particulier français, aura l’occasion à son tour de les admirer dans cette œuvre !

Propos recueillis par Isabelle Calabre

Les 11, 12 et 13 janvier à l’Orb Theater de Tokyo

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