Dominique Delouche : Rétrospective et parution des mémoires

84 ans, voilà un âge parfait pour un homme riche en expériences pour coucher sur papier des souvenirs marquants et des rencontres qui ont enrichi, sinon déterminé sa vie. Dominique Delouche publie ici un livre-mémoire (à défaut d'une autobiographie auto-proclamée), où il est forcément question de danse. Mais en intitulant l’ouvrage La dernière place (1), l'ancien assistant de Frederico Fellini et cinéaste prolifique donne à cette collection de portraits un titre surprenant.

Conscient du besoin d'explication, il écrit un petit préambule (la grande préface est quant à elle signée René de Ceccatty) où il évoque sa mère: « Elle me disait, alors que j'étais enfant: "Quand tu seras invité en société, prends la dernière place, au bout de la table." Je m'inquiétais: "Alors je serai toujours derrière tout le monde ?' 'Non, car il arrivera que le maître de maison, un jour, te reconnaisse et te demandera de venir auprès de lui. »

Cette prémonition à la philosophie chrétienne se révèle être une leçon apaisante quand le jeune Dominique perd les faveurs d'Armand Marquiset, fondateur des Petits Frères des Pauvres : « Armand me fait comprendre, d'une dialectique toute cistercienne, que j'ai toujours une place parmi les Petits frères, non celle à la droite du Seigneur, mais la dernière, celle du pénitent, en bout de table. Ce nouveau statut me convient d'ailleurs mieux que celui de "dauphin". »

La même façon de prendre la dernière place prévaut dans cet ouvrage, où le portrait du jeune homme devenant cinéaste se construit en creux, sans suivre la chronologie de sa carrière. Delouche se reflète dans ceux qui l'ont si bien entouré. Certains chapitres dessinent aussi un portrait de l’époque respective, notamment du Paris occupé et de la Résistance, époque où les différences sociales comptaient moins que la vie elle-même.

La dernière place évoque les personnes qui ont été les guides spirituels, artistiques ou humains du jeune Delouche. Côté danse, on y trouve Serge Peretti, Yvette Chauviré, Serge Lifar et Nina Vyroubova, côté opéra Irène Aïtoff et Germaine Lubin, côté théâtre Marie Bell, sans oublier le cinéma avec Henri Agel, Federico Fellini et Pier Paolo Pasolini.

Delouche apparaît à travers eux et grâce à une écriture aussi généreuse que limpide, vivace, toujours portée par un esprit d'observation détaillé et une analyse humaine du contexte personnel et historique. Le cinéaste a la mémoire précise, comme s'il avait tout filmé d'un objectif intérieur, et il promène son regard comme s'il était en train de réaliser des gros-plans.

REGARD 333 - Maïa Plissetskaïa - Dominique... par regardezleshommesdanser

Cependant, ceci est moins vrai quand il évoque les personnalités de la danse, rencontrées sur le tard en leur consacrant des portrait filmés. Les rapports sont alors plus professionnels, mais Delouche donne par là son regard personnel sur l'histoire de l'Opéra de Paris. Il défend Serge Lifar contre les accusations d'avoir été un quasi-collaborateur en abordant le rôle de ce "grand seigneur" par le sensible et en élargissant le contexte historique.

Sans vouloir parler d’une contre-histoire, il est évident que La dernière place confine à la sociologie et à un travail d'historien, portés par une grande noblesse du regard et de l'écriture.

Thomas Hahn

  1. (1)            Orizons, 188 p., 20 €

Rétrospective des films de Dominique Delouche au cinéma Le MAC MAHON (5 Avenue Mac-Mahon, 75017 Paris)

 Horaires de la rétrospective des films au Cinéma Le Mac Mahon (5 Avenue Mac-Mahon, 75017 Paris)

Dominique Delouche sera présent à l'issue de chaque film pour une rencontre.

 

SAMEDI 10 OCTOBRE

14H00 UNE ÉTOILE POUR L'EXEMPLE (précédé du court métrage : Dina Chez les Rois)

16H00 Présenté par Dominique Delouche : LES CAHIERS RETROUVÉS DE NINA VYROUBOVA (précédé du court métrage : Leçon de Ténèbres)

18H00 Présenté par Dominique Delouche : SERGE PERETTI, LE DERNIER ITALIEN

le danseur étoile Nicolas Le Riche rencontrera le public à cette projection.

20H00 DIVINE (précédé du court métrage : La métamorphose du violoncelle)

 

DIMANCHE 11 OCTOBRE

14H00 L'HOMME DE DÉSIR (précédé du court métrage : Edith Stein)

16H00 Présenté par Dominique Delouche : DIVINE

18H00 24 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME

20H00 Présenté par Dominique Delouche : DENISE DUVAL REVISITÉE (précédé du court métrage : La Dame de Monte Carlo)

 

LUNDI 12 OCTOBRE

14H00 DIVINE (précédé du court métrage : La métamorphose du violoncelle)

16H00 24 HEURES DE LA VIE D’UNE FEMME

18H00 Présenté par Dominique Delouche : MAIA (précédé du court métrage : Autour de la Sylphide)

20H00 Présenté par Dominique Delouche : UNE ÉTOILE POUR L'EXEMPLE (précédé d’Aurore)

L’ensemble des films du cinéaste, pour la plupart restaurés en 2K, seront accompagnés de rencontres avec Dominique Delouche et ses invités.

Tarif public : 7,50 euros - Tarif réduit : 6 euros (sauf samedi et dimanche)

4 euros tous les jours pour les moins de 20 ans et les élèves d'école de danse.

Carte UGC et Gaumont Le Pass acceptées.

 

 

 

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