« Dans le cercle des hommes du Nil » au musée du quai Branly

L’art du bâton de Haute-Egypte, un magnifique spectacle de joutes pratiquées depuis des siècles.

C’est toujours avec un immense plaisir que l’on traverse, à la nuit tombée, le jardin dessiné par Gilles Clément et magnifiquement illuminé du musée du Quai Branly pour atteindre l’entrée qui donne accès au théâtre Lévi-Strauss.

Quant aux spectacles, ils sont régulièrement en corrélation avec la mémoire, la transmission, la poésie et le voyage. Preuve en est Dans le cercle des hommes du Nil interprété par une quinzaine d’artistes qui sont, pour la plupart, à la fois musiciens et danseurs. Cette soirée haute en couleur est basée sur un art populaire égyptien mise en scène par Hassan El Geretly et chorégraphiée par Ibrahim Bardiss et la jeune Dalia El Abd qui apporte une note plus contemporaine.

Discipline singulière, à la fois joute, danse et art martial, l’art égyptien du bâton ou tahtib se pratique depuis des millénaires. Profondément ancrée dans la mémoire collective du pays, la danse du bâton est une pratique quasiment inconnue hors d’Égypte. Art chevaleresque des hommes accomplis, le tahtib s’apparente à un combat stylisé très codifié dont les duels sont orchestrés par des musiciens traditionnels. Son origine, qui puise autant dans les formes culturelles nilotiques que bédouines, demeure mystérieuse encore aujourd’hui.

Extrêmement bien éclairés grâce à des lumières du marseillais Camille Mauplot qui donnent le sentiment d’être le soir en plein désert, les différents duels débutent toujours très lentement afin de jauger son adversaire. Les joueurs prennent aussi conscience de l’espace par le biais de circonvolutions, de figures en huit et font songer aux ondulations des derviches. Alors que la musique s’accélère, l’assaut est soudain. Très bref mais aussi très violent et fort bien réglé.

Galerie photo © Nabil Boutros

Ces moments esthétiquement très purs sont ponctués par des œuvres musicales jouées sur des instruments tout aussi traditionnels qui mêlent percussions (derbouka, doholla, douf, bendir, ‘alba, sagat), instruments  à vent (mizmar) et à cordes (rababa). Les rythmes induisent une certaine forme d’envoutement comme pour une transe.

Inspirés des sons aigus qui tirent les combattants vers le haut alors que les tons graves les ramènent vers le sol, les hommes se rejoignent pour une joute de groupe. Leurs bâtons de rotin d’un mètre trente de long se croisent et frappent d’un coup sec. Ceci toujours après un salut et cette très belle façon de se toiser avant l’ultime bataille.

Hassan El Geretly explique cet art : « Au centre Medhat Fawzy, le tahtib se perpétue de manière vivante, recherchant le substrat immémorial dégagé des apports du folklore international et de l’influence soviétique des années 60 et s’ouvrant sur la modernité. Ce spectacle est ainsi constitué de joutes telles que transmises et pratiquées depuis des siècles. »

Galerie photo © Jean Couturier

Bien qu’il s’agisse de combats, l’ensemble est d’une absolue douceur. Il y transpire une réelle sérénité et un immense respect de l’autre. Comme une sorte de communion qui mari jeu et profonde amitié.

Enfin, les danseurs armés de leurs bâtons descendent dans la salle et font passer leurs objets aux spectateurs. Puis, la musique reprenant, ils attirent du monde auprès d’eux pour une dernière danse commune. C’est absolument délicieux !

Hassan reprend son discours : « L’Egypte est un pays choral. Toute l’histoire du pays est là, comme une chambre d’écho qui vibre. Mais c’est aussi le lieu où se passe l’échange, dans le moment présent, avec les artistes et les spectateurs. La communauté retrouvée annihile toutes les contradictions apparentes ou affichées. » 

Une tradition égyptienne vivace, populaire et réjouissante qui est bien loin de laisser indifférent.

Sophie Lesort

Spectacle vu au musée du quai Branly le 8 mars

Dans le cercle des hommes du Nil, par le Centre Medhat Fawzy, Mallawi/Compagnie El Warsha, Le Caire

Jusqu’au 18 mars au théâtre Lévi-Strauss/ musée du quai Branly - Renseignements au 01.56.61.70.00 : réservations au 01.56.61.71.72. Lien : http://www.quaibranly.fr/fr/

Les 19 et 20 mai à Garges-lès-Gonesses (95) dans le cadre des 27ème rencontres d’ici et d’ailleurs

Mise en scène : Hassan El Geretly

Chorégraphie : Ibrahim Bardiss et Dalia El Abd

Conception lumière : Camille Mauplot

Autour du spectacle :

Projection documentaire et rencontre avec Hassan El Geretly le 17 mars à 15 h

Bords de scène, un moment d’échange avec les artistes le 15 mars à l’issue de la représentation

Atelier « Danse du bâton » au foyer du théâtre le 18 mars à 15h

Atelier percussions le 18 mars à 15 h

Conférence « La danse du bâton, des pharaons à l’Unesco, au cinéma le 17 mars à 16 h

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