« Cunningham », le film d' Alla Kovgan

Pour clore en beauté l’année du centenaire de la naissance de Merce Cunningham, un film retrace les premières années de l’aventure artistique du maître américain. 

Alors que l’apport de Merce Cunningham à la danse est aujourd’hui célébré dans le monde entier, un documentaire passionnant vient rappeler combien la création se nourrit d’abord d’insuccès et de fragilité.

Ce qui intéresse en effet la réalisatrice Alla Kovgan n’est pas d’élever un monument supplémentaire à celui qui est devenu une véritable icône, mais de se pencher sur les trente premières années de sa carrière, lorsque sa conception de la danse était loin de faire l’unanimité. Entre l’orée des années quarante, où il devient danseur et chorégraphe, et sa grande tournée internationale en 1964, qui lui apportera la reconnaissance européenne, Merce Cunningham connaîtra un insuccès public et critique menaçant parfois l’existence même de sa compagnie.

Grâce à de précieuses images d’archive, on retrouve autour de lui ses deux complices de la première heure, le plasticien Robert Rauschenberg qui fut durant onze ans le résident designer de la compagnie - son départ en 1964, après son succès à la Biennale de Venise, affecta profondément le chorégraphe. Et bien sûr son compagnon de travail et de vie John Cage, dont une lettre envoyée à Merce en 1944 révèle l’intensité des sentiments. 

On découvre aussi l’existence précaire et exaltante de la toute jeune Merce Cunningham Dance Company, dont les danseurs et le directeur partagent la foi des pionniers et les incertitudes de l’avenir. Surtout on admire, filmés en 3D dans des décors insolites (le toit du studio de la troupe à New York, une forêt de pins, un tunnel en Allemagne) et interprétés par quatorze anciens danseurs de la MCC, les extraits de quatorze ballets, des plus mythiques - SummerspaceWinterbranch, Rainforest - aux moins connus (Idyllic SongRune), dont la reprise a été supervisée par Jennifer Goggans et Robert Swinston.

Lunettes spéciales aux yeux, on a ainsi l’impression de partager le même espace que les danseurs, et ne serait-ce que pour cet enchantement, le film est un must-see movie comme disent les Américains ! 

Isabelle Calabre

Sortie en salles le 1erjanvier 2020.

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