« Crossroads to Synchronicity » de Carolyn Carlson

Nouvelle version ou nouvelle pièce ? Carolyn Carlson revient sur le concept de Synchronicité et réenchante sa création de 2012. 

Revisiter une pièce, cinq ans après sa création, c’est un sacré speed. Synchronicity de Carolyn Carlson a vu le jour en 2012 et est de nouveau sur les routes, ayant changé de look et de méthode, et bien sûr de titre : Crossraods to Synchronicity. Comme en 2012, Carlson s’inspire du concept de Synchronicité de Carl Jung, qui remet en question le principe de causalité et donc l’ordre des choses, si rigoureusement hiérarchisé entre la cause et l’effet. Et on sait que l’approche purement rationnelle de la vie ne tient pas devant la vision de Carlson, nettement plus ouverte.

Se laisser toucher et peut-être transformer, c’est tout l’enjeu de la théorie de Jung, mais aussi de la danse. Carlson s’intéresse donc ici, comme dans Synchronicity, à l’intime et à l’infime, aux instants troublants où un événement du présent résonne avec un autre, du passé, et le révèle.

Le concept de Synchronicité ouvre des espaces de sens à la subjectivité. Il permet ainsi à l’intuition humaine de provoquer des événements réels, en rapport avec un basculement dans la vie d’une personne, creusant des puits de sensibilité, autrement obturés par le rationalisme au quotidien. Les voies vers la Synchronicité sont donc avant tout des chemins vers soi-même, et on les emprunte sans s’en rendre compte.

Entre chien et loup

Les deux œuvres de Carlson, quelles que soient les connexions entre elles, traversent des paysages très différents. Disons que les crossroads (routes transversales) de la nouvelle pièce passent quelque part entre chien et loup, dans un imaginaire empreint de romantisme, ce qui les distingue clairement des éclats de couleurs et des moments de choc dans la pièce initiale.

La nacelle qui nous embarque reste cependant reconnaissable, avec ses histoires courtes, doublées d’une présence de la vidéo. Mais l’esprit du décor et des tableaux emprunte ici à celui de Now [notre critique], où le retour à la maison familiale, revisitée après une longue absence, permettait de traverser le temps en faisant remonter les souvenirs. Qu’elle soit recherchée ou accidentelle, la Synchronicité entre trois œuvres de Carlson se reflète dans les unissons qui émergent de tableau en tableau et émaillent les Crossraods, à la croisée des chemins empruntés par les interprètes.

Galerie photo © Frédéric Iovino

Crossroads, une traversée

A la croisée entre Now et Synchronicity, l’écran vidéo du fond de scène - on retrouve certaines des vidéos tournées en 2012 - prend ici la forme d’une fenêtre en six carreaux, ouvrant sur un extérieur chimérique, plongé dans un brouillard crépusculaire où l’on voit des personnages en ralenti extrême et surréel. Nous sommes donc à l’intérieur d’une maison où il n’est plus question de chocs ou d’effondrement subit et brutal, mais d’une traversée.

Ce sont les moments les plus poétiques de Synchronicity qui reviennent sur les Crossraods, où l’on voit une femme en robe blanche tournoyer dans une baignoire en zinc, où l’on mange et boit à une longue table sans que l’on sache si la scène entière n’est peut-être qu’un rêve.

Elancées, vêtues de robes soyeuses, leurs longues boucles noires ou blondes libres comme le vent, les femmes sont ici plus bauschiennes que jamais. Et toujours aussi énigmatiques que dans Synchronicity, quand elles apparaissent dans les mêmes costumes noirs que les hommes, partant à la chasse et brandissant leurs fusils en unisson. Plus que jamais, Carlson et sa troupe nous plongent dans un univers de contes.

Thomas Hahn

Vu le 16 avril 2018 - MAC de Créteil

Le 16 juin 2018, Tours, festival Tours d'Horizon (CCN Tours)

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