« Corps Exquis » de Joanne Leighton

En ouverture de la Biennale du Val-de-Marne, au Théâtre Jacques Carat de Cachan, Joanne Leighton proposait une version remaniée d’Exquisite Corpse, réunissant 58 chorégraphes en une heure et des poussières….

Le cadavre exquis est à l’origine un jeu inventé par les Surréalistes. Outre que le résultat est généralement hilarant, l’approche théorique rattache le cadavre exquis à une automatisation de l’écriture, afin notamment de désacraliser la figure de l’auteur démiurge, et d’attribuer l’acte créatif à une dynamique collective. En 2012, la chorégraphe Joanne Leighton s’était saisie de ce procédé pour créer Exquisite Corpse, associant la phrase de 57 de ses pairs à la sienne. Seule contrainte : les dernières dix secondes de chaque séquence devaient être transmises au chorégraphe suivant qui en faisait son point de départ. Les intervenants avaient rivalisé d’invention pour transmettre leur phrase : vidéo, images, textes, consignes, ou, bien sûr, transmission directe dans le studio. Aujourd’hui, il s’agit de reprendre cette partition hétéroclite de 58 minutes écrite par 58 chorégraphes pour la transformer, à la manière d’un palimpseste, pour trois interprètes. Joanne Leighton a également revu toute la scénographie, sorte de patchworks vestimentaires colorés, qui donne à la pièce un tour étrange et un peu baroque.

Au final, il est bien évidemment impossible de distinguer chacun des chorégraphes ou des modules d’une minute. D’ailleurs, ce qui finit par ressortir de l’ensemble est une impression d’homogénéité troublante. Alors que l’on a professé que la danse contemporaine est multiple, diverse, foisonnante et non assignable à un seul genre, Corps exquis ferait plutôt la preuve du contraire. Troublant. Par contre, grâce à la Biennale du Val-de-Marne qui a eu l’idée d’organiser une exposition à partir des envois de chaque chorégraphe, et de prévoir une sorte de lecture démonstration visite du théâtre en préambule à la pièce, l’ensemble devient passionnant. On y découvre les chemins de la création, et partant, comment les chorégraphes envisagent leur création, quelles histoires ils se racontent, ou quelles formes ils imaginent donner à leur réflexion.

Plutôt qu'un long discours, voici un aperçu de cette exceptionnelle création qui réunissait 58 chorégraphes.

Galerie photo © Laurent Philippe

Agnès Izrine

Vu le 21 mars 2019. Théâtre Jacques-Carat, Cachan, dans le cadre de la Biennale de danse du Val-de-Marne

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