Concordan(s)e#13 : Quatre créations et un bilan

Amala Dianor, Joanne Leighton, Catherine Dreyfus et Philippe Lafeuille ont partagé le plateau avec des écrivains. Les résultats sont révélateurs.

Bien entendu, l’édition 2019 de Concordan(s)e n’est pas encore terminée. Mais les quatre créations ont été dévoilées, au cours de deux soirées à la Maison de la Poésie, et bien sûr dans moult autre lieu. Comme chaque année, on constate que le courant passe avec plus ou moins de bonheur entre chorégraphes et écrivain.e.s. Nous avons fait part de notre enchantement pour la création d’Amala Dianor avec l’écrivain Denis Lachaud [lire notre critique] et il  en va de même pour L&L, duo entre Joanne Leighton et Camille Laurens.

Leighton/Laurens : La marche…

La chorégraphe et la romancière livrent un bel exemple de complicité entre deux pratiques, dans l’idée d’une création, conservant une dimension performative qui convient bien à ces formats mobiles tout en affinant très subtilement une écriture de plateau accomplie. Tout part de la pratique chorégraphique de Leighton autour de la marche et de la veillée. L’écriture de Camille Laurens épouse le rythme des pas de Leighton et développe le même rapport au temps, sans en calquer le rythme. Leighton et Laurens marchent, souvent ensemble, et la parole prend la forme de motifs et de réflexions inspirés par le mouvement régulier. Dans un espace scénique divisé en quatre carrés, saisons ou points cardinaux, Laurens évoque Gandhi, la résistance, Nietzsche et bien sûr la marche, dans ce qu’elle a de processus infini : On ne cesse de revenir sur ces pas, de raturer, de recommencer.

… et la dentelle

L&L s’inscrit dans les réflexions de Leighton sur les Aborigènes et  leur rapport au temps et à la marche. On retrouve aussi les pas de danse traditionnelle, tissés dans la marche, comme dans Songlines de Leighton. Si dans cette première partie, Laurens s’inspire de la pensée et de la forme dans les créations de Leighton, elle met ensuite son propre sujet sur le tapis de danse, par une réflexion sur le rapport entre les sexes.

Sa clé est la dentelle, dont la fabrication est autant liée à la répétition que la  marche. La dentelle qui est un véritable symbole de la féminité, comme le tutu en danse. Et les deux de mettre des masques en dentelle, tout en rappelant qu’autrefois, « les hommes aussi en portaient ». En tour de main ou de pied, tous les stéréotypes des genres s’effritent et  leurs masques tombent, dans un duo où tout s’entrelace, grâce à un tissage de la plus belle finesse.

Dreyfus/Grive : Les nouveau-nés et leur genre

Il est pratiquement inévitable que d’autres rencontres n’atteignent pas ce degré de complicité. La chorégraphe Catherine Dreyfus (Cie Act2) engagée dans la rencontre entre le corps et la matière, a bien du mal à lier sa danse à l’écriture de Catherine Grive.

Galerie photo © Delphine Micheli

Les deux s’intéressent à l’enfance. Dreyfus en créant des spectacles tous publics, Grive en écrivant pour enfants et adolescents. Dans Je suis un centre, Grive s’interroge sur la préférence très  héréditaire des parents pour une progéniture masculine, au dépens des filles. Mais le texte et l’oreiller géant auquel se frotte la chorégraphe  laissent très  peu de respiration à la danse, dans un duo plus théâtral que chorégraphique.

Lafeuille/ Gueorguieva : Un grain de folie

La création commune de Philippe Lafeuille et la cinéaste, performeuse et écrivaine Elitza Gueorguieva est nettement plus vivace. Un grain de folie dans le gestus et les costumes, une liberté d’expression totale à la clé, le duo dresse le portrait d’une femme bulgare à Paris. A partir de ce qui est en fait le portrait d’une prostituée Gueorguieva interroge le regard sur l’autre. On y retrouve bien l’esprit facétieux de Lafeuille et sa troupe des Chicos Mambo.

Mais on a aussi l’impression que les deux ne se sont pas rencontrés souvent et qu’à ces moments, ils ont plutôt fait la fête. Leur cohésion artistique est toute extérieure, à la différence des duos Leighton/Laurens et Dianor/Lachaud. On espère donc vivement que ceux-là pourront continuer à vivre au cours des prochaines éditions de Concordan(s)e, .

Thomas Hahn

Spectacles vus à la Maison de la Poésie, les 2 et 8 avril 2019

Concordan(s)e #13 continue jusqu’au 27 avril 2019

Image de preview : Fanny Adler

 

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