« Claroscuro, » d’Ángel Muñoz

Vu au festival de Flamenco de Nîmes, Ángel Muñoz, danseur puissant et classique, disciple de Javier Latorre et ancien soliste de José Antonio, a fondé sa compagnie en 2003. Claroscuro, créé à Jerez l’an dernier, est un spectacle de rupture.

Dans Claroscuro, Ángel Muñoz passe de l’ombre à la lumière. Sept tableaux, comme autant d’heures de l’aube au crépuscule, comme autant d’états que traverse ce bailaor d’exception. Contrairement à un Israel Galvan, ou un Andrés Marin, Ángel Muñoz ne cherche pas à bouleverser le flamenco par une radicalité dans la mise en scène ou le propos. C’est plutôt par la musique que s’affirme la nouveauté, et par les « états » que traversent le danseur.

Galerie photo : Jean-Louis Duzert

À ses côtés, Daniel Muñoz d’Artomático ouvre de nouvelles pistes sonores grâce à l’electro-flamenco, en clair, de la musique électronique aux accents flamenco, et grâce aux musiciens formidables qui l’accompagnent comme Diego Villegas, saxo, harmonica, flûte, clarinette ou Miguel Ortega, chant et guitare. Cette curieuse alliance d’instruments que l’on n’a pas l’habitude d’entendre ni d’associer à l’art du cante jondo à une guitare éveille l’attention et donne de nouvelles inflexions à la danse, tout comme la lumière, très (trop ?) travaillée de Claroscuro.
Ángel Muñoz a construit son spectacle en sept étapes, chacune d’entre elles étant consacrée à un style précis du flamenco : granaína, malagueñas y abandolaos, livianas, tangos, soleá apolá et bulerías, mais aussi, et de façon plus attachante, à des styles d’hommes différents.

Galerie photo : Jean-Louis Duzert

Commencant comme entre rêve et sommeil par des gestes songeurs que souligne le flou du costume, se poursuivant dans la vélocité rigoriste de vêtements aussi noirs qu’ajustés, ou le flamboiement d’un costume rouge soulignant la fougue du danseur. Le jeu exceptionnel du multi-instrumentiste Diego Villegas, sert de contrepoint à des poses orgueilleuses, introduit du doute dans les passages les plus éclatants.
Au fond, Ángel Muñoz entame la tradition de flamenco par le détail. Par un regard qui s’égare, une colonne vertébrale un peu moins arquée, une suspension plus marquée des bras qui s’attardent dans l’air. Pour autant, la virtuosité est toujours au rendez-vous, mais sans affectation. Finalement, il nous offre une sorte de voyage dans l’âme du danseur de flamenco et nous donne à voir sa perception mentale dans un spectacle très étonnant.

Galerie photo : Jean-Louis Duzert

A noter la très belle expo photo de Jean-Louis Duzert rassemblant 10 ans de flamenco à Nîmes (dont les fameuses mains de Camaron) et se tenait pendant le Festival de Flamenco 2018 dont voici un aperçu ici :

Agnès Izrine

Le 15 janvier 2018, Festival de Flamenco de Nîmes, La Paloma.

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