Cie Sine Qua Non Art : Le projet PAN

Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours ont sélectionné huit danseurs du Ballet du Kosovo dans l’objectif d’une création à Pristina.

Permanence Artistique Nomade P.A.N est un projet de territoire, de collectif et de mise en réseau des différentes énergies et synergies existantes sur la ville de La Rochelle dans l’optique d’un partage de l’art chorégraphique pour tous et par tous.

Comme l’expliquent Christophe Béranger et Jonathan Pranlas-Descours fondateurs de la compagnie Sine Qua Non Art installée à La Rochelle, « c’est à la fois un engagement citoyen dans l’action artistique et culturelle et un positionnement militant pour la promotion de la danse et des arts chorégraphiques ».  

P.A.N décline une série d’actions en faveur de la danse et de sa pratique soit de nombreuses initiatives destinées aux professionnels comme aux amateurs : une fois par mois, un dimanche en amateur ; danse en famille où les juniors font danser les séniors ; Babelbal, donc un bal dirigé par les interprètes de la compagnie sur de la musique jouée en live ; tous à la barre à ciel ouvert ; 12 12 12 pendant le festival Les étudiants à l’affiche, danseurs, musiciens, acteurs, chanteurs… donnent à 12h12, douze minutes de solo dans un espace public, ceci après des ateliers préparatoires ; un entrainement régulier des danseurs et enfin, AIA soit la résidence d’artistes internationaux.

Après avoir travaillé auprès de Lia Rodrigues dans les favelas et ensuite avec des artistes brésiliens à la Rochelle, Christophe et Jonathan ont été missionnés en avril 2016 par la Commission européenne dans le cadre du soutien culturel, afin de poser un diagnostique à Pristina.

« Nous sommes restés une semaine au ballet pour y donner des cours de danse classique et contemporaine aux vingt-quatre danseurs avec l’objectif d’une création avec toute la compagnie. Mais, étant donné qu’il est très difficile d’obtenir un visa pour la France, nous avons sélectionné huit interprètes qui ont séjourné dix jours à la Rochelle afin de suivre nos cours et surtout de commencer une esquisse de cette nouvelle pièce ».

Sur les Quatre Saisons de Vivaldi revisitée par Richter, cette ébauche de travail présentée dans les studios de La Coursive laisse présager une création originale assez éloignée des œuvres très classiques que les danseurs interprètent chez eux. Entre duos, quatuors et ensembles, cette mini pièce qui se déroule entre tours, glissades, portées et sauts est très axée sur la spirale et la marche. En si peu de temps, les huit interprètes ont acquis les bases de la danse contemporaine avec une rare intelligence.

Très concentrés, ils possèdent tous une immense intensité dans le regard. Ainsi, le mouvement en devient plus expressif et plus touchant. Tous vêtus de grandes chemises blanches qui, au fil de la pièce, se transforment en robe pour les filles, l’autre artifice transformable en décor ou en objet de jeu est tout simplement la fameuse couverture de survie de teinte dorée d’un coté et argent de l’autre.

Sur le plan de la danse pure, il est indéniable que ces jeunes dont on prédit une grande carrière, en veulent, s’attachent à réaliser au mieux les figures imposées et font ressentir une intense joie intérieure à découvrir un univers sont ils ignoraient tout.

Ils exécutent la chorégraphie très dansée de Christophe et Jonathan avec une belle énergie. Certains tableaux sont magnifiques, telle la jeune fille réceptionnée par les hommes après avoir sauté d’un tabouret et le splendide final très imagé où les couvertures se rejoignent sur un mas.

Bien qu’ils n’aient pas tous le même niveau, ils font tous transpirer une envie de vivre, de danser et d’exister. « Au Kosovo, 30% de la population a moins de 30 ans, c’est dire si ils ont de l’énergie et sont aussi très ouverts à toute nouveauté », raconte Jonathan.

La phase trois, soit la création avec les vint-quatre artistes du Ballet se déroulera les 8 et 9 décembre à Pristina.

Galerie photo © Sine Qua Non Art

« Ces huit jeunes qui ont travaillé avec nous vont devenir les passeurs, ce sont eux qui vont initier la danse contemporaine dans leur pays, y semer des petites graines et ainsi créer des émules qui, au fil du temps, deviendront des compagnies dignes de ce nom. C’est pourquoi nous avons été très pointilleux et surtout très pédagogues lors de ces dix jours de travail. Il fallait les écouter, répondre à leurs questions, comprendre leurs ressentis, donc être toujours disponibles afin de leur offrir le maximum d’information et surtout les rassurer et leur prouver qu’ils sont capables d’aller au bout de nos intentions » souligne Christophe.

On l’aura compris, la compagnie Sine Qua Non Art n’a pas encore de lieu à La Rochelle, mais créée des lieux de part le monde. La preuve en est qu’après le Brésil et le Kosovo ils sont actuellement à Cuba afin d’y élaborer le même style de projet.

« On peut dire qu’il s’agit d’un acte militant et citoyen. Il faut que l’on mette les mains dans le cambouis si l’on veut que la danse contemporaine prenne son essor dans des pays où elle est encore trop méconnue. Notre compagnie est un objet de création artistique, financier et pédagogique et la danse est le médicament parfait pour réunir des gens »

Sophie Lesort

Vu le 31 octobre  2016 à La Coursive, La Rochelle

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