« Cão Sem Plumas » de Deborah Colker

Une fresque saisissante sur la misère humaine dans l’état de Pernambuco au Brésil.

L’histoire de la dernière pièce de la chorégraphe brésilienne Deborah Colker présentée à la Maison de la danse de Lyon, Cão Sem Plumas, s’appuie sur un poème de João Cabral de Melo Neto (1920-1999) publié en 1950, qui décrit la pauvreté de la population le long du fleuve Capibaribe dans l’état de Pernambuco (Brésil).

Divisée en huit tableaux, l’œuvre débute par un magnifique film en noir et blanc projeté en fond de plateau qui, par intermède, dépeint non seulement des paysages de désolation avec une terre si sèche qu’elle est constituée de multiples crevasses, mais aussi des hommes et des femmes le corps et le visage recouverts d’une boue totalement craquelée vivant dans des habitations de fortune et dans les mortes mangroves.

Revêtus de justaucorps boueux, les cheveux et le visage enduit de terre, les quatorze danseurs retracent cette immense misère dans une chorégraphie extrêmement dynamique et athlétique. Ils fusionnent avec les vidéos, démontrent la volonté de vivre à tout prix, la recherche vitale de l’eau et de nourriture, la solidarité entre ces hommes et ces femmes nés dans cette région totalement détruite et méprisée par les élites.

L’écriture chorégraphique de Deborah Colker entremêle la danse classique, contemporaine et des danses populaires et rituelles, comme le coco ou le jongo. Basée sur des mouvements esthétiques qui font naître de splendides tableaux mouvants, Deborah utilise toutes les ressources de ses interprètes à la fois danseurs et circassiens. Ils sont excellents et possèdent une technique hors pair, car ici, tout est réglé avec une exceptionnelle minutie.

Galerie photo © Cafi

Sous des lumières très étudiées de Jorginho De Carvalho de teinte sépia qui augmentent l’angoisse des situations de survie, les corps sculpturaux des danseurs sont mis en exergue accompagnés par un patchwork de musiques un peu trop présentes.

Certaines séquences filmées réalisées par Deborah Colker et Cláudio Assis sont très parlantes, telle la barque poussée longtemps et difficilement sur ce sol si sec afin de rejoindre l’eau, source de vie. D’autres, avec les danseurs de la pièce installés très (trop) harmonieusement sur les branches des arbres morts, ne sont qu’artistiquement en corrélation avec la notion de poésie.

La chorégraphie et cette dénonciation sur les difficultés de la vie font songer à Alvin Ailey dont l’œuvre et sa danse avaient pour objectif de promouvoir et de populariser la culture afro-américaine, ses origines et ses croyances.

Bien que l’émotion ne soit que très rarement palpable, Cão Sem Plumas est une pièce à grand spectacle, un show très codifié qui emballe toute une salle de par sa beauté, sa puissante et dynamique chorégraphie et grâce à l’imposante qualité des interprètes.

Sophie Lesort

Spectacle vu à La Maison de la danse de Lyon le 30 janvier 2019

 A la Maison de la danse jusqu’au 2 février

Cão Sem Plumas : Création, chorégraphie et direction : Deborah Colker

Direction exécutive : João Elias
Direction artistique et scénographie : Gringo Cardia
Direction cinématographique et dramaturgie : Cláudio Assis, Deborah Colker
Direction musicale : Jorge Dü Peixe et Berna Ceppas avec la participation de Lirinha
Lumières : Jorginho De Carvalho
Costumes : Claudia Kopke

 

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