« À bras le corps » ou l’Opéra de Paris au CN D

Après 20 danseurs pour le XXe siècle, l’Opéra de Paris a eu la bonne idée d’intégrer à son répertoire le duo culte de Boris Charmatz et Dimitri Chamblas.

À bras le corps, créé par Boris Charmatz et Dimitri Chamblas est un duo culte. On ne compte plus combien de fois nous l’avons vu. La pièce montée en 1993, au sortir de l’adolescence, réunissait donc deux jeunes hommes (17 et 19 ans). Elle devait s’adapter à l’espace du salon de la Villa Gillet : 5,5 m sur 7,5 m entouré de rangées de chaises. Les deux copains font alors le pari de le danser toute leur vie d’artiste. Pari tenu, avec plus de 160 représentations au cours des vingt-cinq dernières années ! Celle que nous avions vue dans un champ lors du Festival d’Uzès en 1996, reste gravée dans la mémoire. À l’époque, il semblait impossible d’en imaginer une transmission, a fortiori à des étoiles du Ballet de l’Opéra de Paris.Ce duo protéiforme n’a jamais cessé d’évoluer tout en conservant ses « fondamentaux », à savoir deux hommes qui se défient dans une gestuelle profondément masculine.

Galerie photo © Laurent Philippe

Dans la Rotonde du Glacier de l’Opéra Garnier, gradinée sur quatre côtés pour l’occasion, Ce sont Karl Paquette et Stéphane Bullion qui ont repris le flambeau. Du duo d’origine, il reste les empoignades, les étreintes et les embrassades, très physiques, suggérées par le titre, mais aussi une surenchère virtuose des tours et des sauts, qui rappelle, bien sûr, les circonstances de la création au sortir du Conservatoire de Lyon. Mais, et c’est ce qui a toujours fait la saveur de ce duo, c’est ce côté lourd dans la catégorie léger. Bien sûr, Boris Charmatz et Dimitri Chamblas ne s’affrontaient pas forcément à coups de double tours en l’air ou de pirouettes, mais l’esprit reste identique. La fougue, l’immédiateté, la rapidité est toujours contredite par la fatigue, volontairement apparente, qui fait chuter pesamment les corps, rend audible l’essouflement, et rend nécessaires ces temps d’attentes au bord de l’espace scènique comme autour d’un ring. Portés athlétiques, imbrications hasardeuses, le duo vire souvent au duel.

Galerie photo © Laurent Philippe

Il y a de la fragilité dans cet affrontement qui est aussi celle du danseur face à sa performance. À bras-le-corps raconte d’une certaine façon ce que la danse fait aux corps, majoré par l’indice de l’âge. Stéphane Bullion et Karl Paquette laissent apparaître d’autres facettes de leurs personnalités, notamment une certaine distanciation par rapport à leur pratique, à leur rôle d’étoiles, peut-être, à leur expérience de danseur de l’Opéra de Paris.

Au-delà d’être un beau spectacle et une transmission très réussie, À bras le corps est surtout une rencontre peu commune avec les spectateurs qui se trouvent, comme rarement à l’Opéra, à quelques mètres à peine des deux danseurs étoiles. Une autre façon de voir et d’appréhender la danse.

Agnès Izrine

Vu Le 16 mars 2017, Opéra de Paris, Palais Garnier.

A voir au CN D week-end Ouverture. Le 29 septembre à 21h00. Le 30 septembre à 14h00 et 18h00

 

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