Biennale du Val-de-Marne : Interview de Seydou Boro

Seydou Boro et Salia Sanou ont conçu le volet Afrique de la Biennale 2017, reliant un retour sur les débuts à un regard sur l’avenir.

Danser Canal Historique: Avec Salia Sanou, vous avez marqué le paysage de la danse avec la compagnie Salia ni Seydou, de 1995 à 2010.

Seydou Boro : J’ai commencé au Burkina Faso comme comédien, ayant eu un grand frère metteur en scène de théâtre qui a créé la toute première compagnie professionnelle du Burkina. Mais j’ai touché autant à la musique et à la danse. Et la danse a fini par primer. J’ai travaillé pendant dix ans au CCN de Montpellier, avec Mathilde Monnier. Nous avons créé le CDC La Termitière en 2006. Je suis très fier d’être aujourd’hui accompagné par le CDC La Briqueterie.

DCH : De quoi parle votre nouvelle pièce, Le Cri de la Chair ?

Boro : Le Cri de la Chair résume ce qui se passe au fond de moi, avec la question de savoir comment on peut se relever d’une blessure et des douleurs, qu’elles soient physiques ou morales. Quand on trébuche dans la vie, comment fait-on pour continuer à marcher ensemble et à croire au futur? Le cri est la béquille qui permet de tenir. L’individu peut s’appuyer sur le groupe, mais parfois c’est le groupe qui s’appuie sur un individu. Nous sommes cinq danseurs, deux musiciens et une chanteuse, Perrine Fifadji qui vient du Bénin. Notre compositeur Khalil Hentati est Tunisie, Tom Diakité (musicien) est Malien.

DCH : Un mot au sujet de la Termitière ?

Boro : A La Termitière, nous formons aujourd’hui vingt-cinq danseurs tous les trois ans. En ce moment, c’est la deuxième promotion qui est en cours. Nous accueillons de jeunes créateurs et mettons en place des coopérations internationales pour les aider à trouver une visibilité, comme c’est le cas pour certains au cours de cette édition de la Biennale du Val-de-Marne.

DCH : Vous remontez une pièce-clé de Salia ni Seydou: Figninto L’oeil troué, une pièce créée en 1997. Pourquoi ce retour vers les débuts? 

Boro : Créée il y a une vingtaine d’années, primée au concours aux rencontres Danse l’Afrique Danse, Figninto L’oeil troué parle de personnes qui sont à nos côtés et que nous ne voyons pas, et de personnes qui sont en train de partir. J’ai écrit cette pièce avec Salia Sanou au moment où je perdais ma petite sœur et je ne la voyais pas partir. Et puis, aujourd’hui, c’est une belle histoire. En amont de l’édition 2016 de Danse l’Afrique Danse, vingt ans après la création, j’ai réfléchi avec Salia Sanou à la possibilité de transmettre cette pièce à de jeunes danseurs.

DCH : Vous étiez vous-mêmes les interprètes de Figninto L’oeil troué. Mais il est vrai que même en Afrique, vingt ans ne sont pas tout à fait rien pour un corps humain.

Boro : On ne crée pas une pièce pour qu’elle meure! Et on commence à percevoir que la danse contemporaine d’Afrique possède son propre répertoire et ses références. C’est pourquoi  nous avons étendu cette réflexion à d’autres pièces importantes comme Ti Chèlbè, un duo créé par et avec Kettly Noël en 2002 ou bien le solo Gula du Sud-Africain Vincent Mantsoe, créé en 1993. Plusieurs pièces emblématiques de ces vingt dernières années ont ainsi été passées par leurs créateurs à une nouvelle génération d’interprètes. Et nous sommes ravis de les voir nous dépasser.

DCH : Dans le cadre de la Biennale, vous présentez quelques jeunes chorégraphes comme Jeannot Kumbonyeki qui vient de Kinshasa.

Boro : Jeannot est un jeune chorégraphe congolais qui consacre sa pièce Kombi à l’inceste, question taboue qu’il ose ici aborder sur le plateau. Nous avons trouvé important de questionner cette problématique et de montrer cette pièce.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Le cri de la chair : le 18 mars à 20h30 au Théâtre des Deux Rives, Charenton-le-Pont

et le 26 mars à 16h au Théâtre Gérard Philippe, Champigny-sur-Marne

Figninto : le 19 mars à 15h, Théâtre Jean Vilar de Vitry-sur-Seine

http://www.alabriqueterie.com/fr/biennale-de-danse/agenda-biennale.html

 

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