Biarritz : Le Temps d’Aimer #25

Thierry Malandain n'est ni un chorégraphe didactique, ni un assembleur de programmation à effets de style. Il aime la danse, sous toutes ses formes. D'où le titre de son festival, comme une évidence. Et pourtant, ce Temps d'Aimer #25 cache comme un festival-parcours pour remonter le fil du temps. D'où la tentation d'aborder l'événement par une chronologie de l'avènement, non celle qui se crée au fil des journées biarrotes, mais une véritable traversée du temps parcouru par ce festival emblématique.

On sait à quel point Thierry Malandain est attentif à l'histoire de la danse, quand on suit ses articles sur la danse en Pays basque, dans le journal du CCN. Et on peut comprendre qu'un quart de siècle parcouru puisse inciter le chorégraphe à revoir des univers qui ont marqué ces décennies pour mieux comprendre les créations actuelles, présentes au festival. Une chronologie En guise de préface, danse basque et danse baroque. Historiquement, la danse basque a été l'une des sources dans la création du ballet de cour. C'est Claude Iruretagoyena et sa troupe Ezpata Dantza qui nous le rappelleront en occupant les places de la ville avec leurs danses de groupe qui remontent au 17e siècle. Côté danse baroque, Si Peau d'Âne m'était conté de Marie-Geneviève Massé reprend les motifs et les émotions du conte, sur des airs de Haendel, Purcell et autres Vivaldi.

Un quart de siècle, voir plus : C’est Lionel Hoche qui livre, dans son solo Lundijeudi, sa vision de la danse contemporaine à travers son propre parcours, entre 1978 et 2014.

Cette période couvre toute la programmation en danse contemporaine du Temps d’Aimer 2015. À commencer par Event dans la lignée de Merce Cunningham, orchestré par Robert Swinston, ancien bras droit du célèbre Américain et aujourd’hui à la tête du CNDC d’Angers.

Le festival se terminera avec Wim Vandekeybus et sa re-création de What the Body does not Remember, plein de sa fulgurance énergétique et physique, créé il y a 27 ans et donc tout juste avant la première édition du festival biarrot. Le pendant de Vandekeybus, plus proche du ballet à son époque mais dans la même énergie débordante: William Forsythe ! On verra de lui le fameux Herman Schmerman de 1992, sur une musique de Thom Willems évidemment, et interprété par la Compania Nacional de Danza de Madrid, aujourd'hui dirigée par l'ancien danseur étoile de l'Opéra de Paris José Martinez.

Également de Madrid vient la compagnie Elephant in a Black Box (EBB), dirigée par un autre ancien danseur de ballet, Jean-Philippe Dury. Leur programme Héritages est composé de pièces de Dury et Nacho Duato, prédécesseur de Martinez à la tête de la compagnie nationale madrilène et aujourd'hui directeur du Staatsballett de Berlin. Au programme, Remanso, créé en 1997 pour le ABT, interprété entre autres par Vladimir Malakhov !

Entre tout ça, sur une toute autre branche de l'histoire de la danse au XXe siècle, Ko Murobushi et Carlotta Ikeda créèrent Utt!, en 1981, solo interprété par Carlotta Ikeda et transmis à la danseuse Maï Ishiwata juste avant qu'Ikeda nous quitte, il y a peu

.Les écritures contemporaines Viennent ensuite les chorégraphes contemporains qui présentent leurs dernières créations et donnent ainsi un aperçu de l’état actuel de la création. Emmanuelle Vo-Dinh avec son solo Sprint, une performance minimaliste qui flirte avec la suspension du temps et du corps matériel, où tout s'écrit dans des nuances infimes. La directrice du CCN Le Havre a écrit cette performance pour la danseuse-coureuse Maeva Cunci. Dans La Clameur des Arènes de Salia Sanou, trois danseurs et six lutteurs sénégalais transforment en chorégraphie une tradition sportive. Dans leurs pays ces lutteurs sont de véritables héros populaires. Il n'y a pas que le foot dans la vie ! Ils se mettent donc en pleine lumière, en ayant l'habitude. Le public biarrot y reconnaîtra-t-il ses rugbymen locaux ?

Actualité de la danse contemporaine en Pays basque, avec l'un des grands chorégraphes actuels de la région, Mizel Théret. Il ouvrira cette édition avec Zisnearen azken kantuak (Les Derniers Chants du Cygne), une pièce inspirée par les chants des oiseaux. Mais c'est Kukai Dantza qui est la compagnie la plus célèbre de la région. Leur chorégraphe Jon Maya présente Komunikazioa-Inkomunikazioa, en collaboration avec la troupe de théâtre Tattaka Teatroa. Pour cette création, ils ont également fait appel à Jone San Martin, célèbre interprète de la compagnie de Forsythe, chorégraphe et... enfant du Pays basque ! Mais on y verra aussi Israel Galvan sur les traces basques dans le flamenco. Tout un programme..

Et puis, il y a la nouvelle création de Faizal Zeghoudi, qui interroge les relations hommes-femmes dans la culture musulmane. Cette Chorégraphie de la perte de soi reflète des influences culturelles profondes. Une femme face à cinq hommes, pour parler de l'obligation à renier son identité profonde, pour endosser un costume comportemental, octroyé par la religion. Brasser les époques Viennent ensuite les pièces qu’on pourrait dire transchroniques, transportant une technique et des motifs artistiques d’une époque vers une autre (la nôtre, évidemment) comme Marie-Geneviève Massé, déjà citée. Bien sûr, on ne fera pas de Temps d’Aimer sans ballet contemporain. Après tout, Thierry Malandain est aussi directeur chorégraphe du Centre chorégraphique national de Biarritz. Aussi le Malandain Ballet Biarritz présente Estro, sa dernière création et invite le Ballet Maribor de Slovénie. On verra également à Biarritz les visions contemporaines du Sacre du printemps et de Stabat Mater, deux créations par le chorégraphe Edward Clug, un enfant de la Yougoslavie qui a fait ses études en danse à Cluj, en Roumanie.

Il est des univers chorégraphiques qui sont liés à une communauté qui se définit à travers ces styles, comme le flamenco ou le hip hop. Quand les deux se rencontrent, ça donne Titanium, une pièce accompagnée par des musiciens sur le plateau et basée sur la rencontre de ces deux langages chorégraphiques qui ont chacune développé un rapport au sol de grande intensité, sans parler de la virtuosité et de l'énergie vitale qui s'y incarnent.

Mais la danse traditionnelle basque sera également revisitée. Ihintza Irungarai et Nathalie Vivier offrent une réécriture radicalement contemporaine de la danse basque, présentée en extérieur sous le titre Leihotik.

Thomas Hahn

http://letempsdaimer.com

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