Bezons : La saison 19/20 du Théâtre Paul Eluard

Trois continents sont au centre de la nouvelle saison au TPE Bezons. Rencontre avec son directeur, Sébastien Lab.

Danser Canal Historique : Comment avez-vous découvert la danse ?

Sébastien Lab : C’est la danse qui est venue à moi. Mon ex-femme était danseuse. D’abord stagiaire à l’Opéra de Paris, elle a ensuite dansé en Allemagne. Elle m’a vraiment fait découvrir la danse contemporaine. Et je connaissais la danse aussi parce que je viens de Nancy et à l’époque, Patrick Dupond était au Ballet de Nancy. C’était la grande période des années 1990. Et je fais partie de la génération qui a vu éclore, en tant que gamin et spectateur, la révolution apportée par la danse hip hop, jusque dans la cour d’école, à une époque où le roi de la pop, Michael Jackson, était aussi le roi de la danse.

DCH : Vous accompagnez la création chorégraphique depuis longtemps. Quel a été votre parcours ?

Sébastien Lab : Mon intérêt pour la danse a fait que j’ai travaillé pour les deux scènes nationales des années 1990 qui étaient vraiment spécialisées en danse. La première a été Le Manège de Reims, dirigé par Stéphanie Aubin et Bénédicte Picot qui ont travaillé sur l’enjeu du corps, avec beaucoup d’intelligence. Elles m’ont permis de découvrir des quantités d’esthétiques et m’ont vraiment formé. Je suis resté au Manège pendant seize ans environ. Ensuite, j’ai enchaîné avec Jérôme Lecardeur à la scène nationale de Dieppe pendant dix ans, dont sept en tant que secrétaire général. Ancien danseur et inspecteur de la danse, il a une grande connaissance des enjeux de la danse. Je me suis nourri de sa curiosité et son expertise. Ensuite j’ai travaillé pour d’autres théâtres en mettant toujours l’accent sur la danse.

DCH : Vous présentez votre deuxième saison au Théâtre Paul Eluard de Bezons avec, bien sûr beaucoup de spectacles chorégraphiques. Quels sont vos axes de travail ?

Sébastien Lab : Il s’agit de ma deuxième saison, mais en même temps de ma première saison construite dans les conditions habituelles, n’ayant eu que six mois pour construire la première. Quant à mon approche, je suis vigilant sur la diversité des esthétiques. J’aime beaucoup les programmations de la Maison de la Danse à Lyon et de Chaillot, où on considère qu’il n’y a pas d’esthétiques mineures par rapport à d’autres. A l’intérieur de cet écosystème de la danse, j’ai tendance à privilégier certains axes, notamment les cultures du monde et le dialogue interculturel. Je travaille sur les savoir-faire des chorégraphes de différents continents et leurs cultures spécifiques de fabrication de spectacles. Chaque saison, nous allons offrir comme un carnet de voyages, correspondant à la sociologie de la France d’aujourd’hui dans la diversité de ses origines et son métissage des cultures.

DCH : Côté voyage, vous montrez par exemple Dans ce monde de Thomas Lebrun [lire notre critique]. Mais si un chorégraphe peut nous emmener dans le monder entier avec un seul spectacle, le programmateur doit faire des choix. Quels sont les vôtres?

Sébastien Lab : Cette année, il y a un axe européen, avec entre autres les danses géorgiennes dans Marry me in Bassiani de (La) Horde et avec Tzeni Argyriou qui interroge les danses traditionnelles et contemporaines.

A cet axe répond un regard sur l’art du mouvement aux Etats-Unis, qui est beaucoup plus formel. Il y a Jérôme Brabant avec son évocation des recherches de Ruth Saint-Denis et Ted Shawn,il y a le CCN Ballet de Lorraine qui fête le centenaire de Merce Cunningham et puis, Kyle Abraham comme leur héritier actuel qui ajoute une dimension politique très prononcée.

Notre troisième continent est l’Afrique. Nous recevons le Ballet de l’Opéra de Tunis avec une pièce d’Emilio Calcagno autour des Quatre Saisons et les révolutions arabes ainsi que Danser Casa de Kader Attou et Mourad Merzouki, où s’exprime la jeunesse marocaine.

DCH : Comment liez-vous la programmation au territoire sur lequel se trouve le Théâtre Paul Eluard et à son public ?

Sébastien Lab :  Nous avons cette grande chance et nous voulons donner à ces publics la possibilité de se réapproprier notre théâtre dans sa dimension culturelle. Nous avons par ailleurs aussi une programmation musicale qui décline cet axe-là. Au vingt-et-unième siècle, un théâtre doit tenir compte de ces paramètres. C’est une clé pour toucher différents types de spectateurs. Mais Bezons connaît aussi un métissage socio-culturel, avec son histoire de ville populaire et l’arrivée actuelle de cadres qui s’installent à Bezons en raison de la proximité de La Défense.

C’est en ce sens que Jann Gallois et Olivier Dubois, au-delà d’être programmés avec leurs spectacles, sont nos artistes associés pour deux ans et font un travail important sur le terrain. Il s’agit là de deux chorégraphes contemporains qui pratiquent une adresse directe au spectateur.

Thomas Hahn

La saison danse 19/20 du TPE Bezons

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