Ballet du Capitole : « Casse-Noisette »

Pour les fêtes de fin d’année, Kader Belarbi a offert aux Toulousains sa version de Casse-Noisette. Le directeur de la danse au théâtre du Capitole prend le parti du pur divertissement, tirant le conte inquiétant d’Hoffmann vers la fantaisie et le plaisir des yeux.

On ne peut sans cesse se refuser à la tradition et, pour son sixième Noël à la tête du ballet toulousain, Kader Belarbi a donné sa version de Casse-Noisette, friandise chorégraphique que proposent bien des théâtres et compagnies classiques à cette période de l’année. Comme à son habitude, le chorégraphe a rebattu une partie des cartes imposées par le livret d’origine. Il en propose une transposition qui n’est pas pour autant une révolution.

A l’ouverture, le rideau du Capitole dévoile non pas l’intérieur bourgeois d’une famille réunie autour de l’arbre de Noël mais le décor quelque peu sinistre d’un pensionnat. Des enfants en chemise de nuit y vivent sous la férule d’une surveillante, qui, dans son manteau ceinturé couleur terre, semble tout droit sortie des rangs de l’Armée rouge. Référence au régime soviétique qui transforme les petits pensionnaires en robots obéissant au doigt et à l’œil ?

L’allusion est fugitive car le directeur de l’établissement, Drosselmeyer, fait son entrée afin de procéder à la distribution des jouets en ce jour de Noël.

Personnage pivot et deus ex machina de nombreuses autres versions du ballet, Drosselmeyer est transformé, dans la chorégraphie de Belarbi, en une sorte d’homme-établi auquel sont greffées une table et des lampes de travail. Ce costume conçu par Philippe Guillotel confère quelque raideur ) à ses évolutions. L’action elle-même s’en trouve ralentie, et la scène de la distribution des jouets tire en longueur.

Les enfants jouets

La suite du ballet se développe dans l’univers des jouets, dans une sorte de version scénique inversée de Toy Story. Mais là où le dessin animé de Pixar studios confère aux pantins et aux robots une vélocité et une agilité surhumaines, costumes et orientations chorégraphiques transforment les personnages du Casse-Noisette du Capitole en corps-objets. Il en est ainsi des cinq camarades de Marie, l’héroïne, qui l’accompagnent dans son périple nocturne au pays des songes sous la forme du jouet qui leur a été offert, robot Spoutnik pour l’un, poupée Coccibelle pour l’autre, ou clown Bidibulle pour un troisième. Le cadeau de Marie, un casse-noisette en forme de soldat en uniforme rouge, se trouve pour sa part amputé d’un bras lors du combat qu’il mène contre les araignées, à la fin du premier acte. Il conserve presque jusqu’à la fin du ballet une gestuelle cahotante, alternant le relâchement soudain de la marionnette sans fil à la brusquerie du mouvement mécanique.

Dans le deuxième acte, Marie et les enfants-jouets voyagent au pays des rêves, dans une série de jardins des merveilles qui sont autant d’armoires ouvrant sur des contrées imaginaires (les décors sont signés Antoine Fontaine). Le chorégraphe transpose les traditionnelles danses de caractère en prenant toutes les libertés. Il transforme la danse espagnole en un ballet de grenouilles et de crapauds, et avec l’aide de Philippe Guillotel métamorphose la danse arabe en évolutions comiques d’insectes-boules (ce sont des mille-pattes, nous apprend le livret du programme !).

Chaque tableau apporte sa surprise, dans une suite imaginative et résolument joyeuse de couleurs, de décors à double fond, de costumes transformistes et de mouvements enlevés. L’argument narratif, les motivations psychologiques, l’élaboration des personnages cèdent la place aux plaisirs visuels de visions qui s’évaporent sans laisser de trace telles des bulles soufflées à la bouche.

Le chorégraphe a réservé les variations brillantes pour la fin de son ballet, dans une apothéose qui voit les personnages délivrés de leurs corps de jouet. La danse des flocons, ballet blanc d’une grande élégance et simplicité formelle, introduit le pas de deux de Marie et son Casse-Noisette, transformés par enchantement en princesse et en prince. Les solistes du Capitole trouvent alors ample matière à exposer leurs qualités techniques, enchaînant avec brio les difficultés dispensées par leur directeur. Ce pur déploiement  ne se cherche aucune justification dramatique ou narrative, il est là pour dispenser un plaisir immédiat et faire briller les yeux.

Expédié en quelques mesures musicales, l’épilogue du ballet se déroule dans le dortoir du pensionnat. Le jour se lève et un nouveau pensionnaire arrive, qui ressemble au petit soldat casse-noisette.

Tout en ouvrant ici ou là des pistes interprétatives originales, ce Casse-Noisette a donc choisi de les laisser inexplorées, au profit d’un spectacle d’une grande séduction visuelle, où les costumes de Philippe Guillotel et la scénographie d’Antoine Fontaine se taillent la part du lion. Sous la baguette nerveuse et limpide de Koen Kessels, la musique, chatoyante, inventive et puissamment mélodique de Tchaïkovski contribue grandement à cette fête des sens.

Dominique Crébassol

Vu le 27 décembre 2017, au théâtre du Capitole, Toulouse.

1ère distribution :

Casse-Noisette : Ramiro Gomez Samon
Drosselmeyer : Rouslan Savdenov
La Haute Surveillante : Alexandra Surodeeva
Marie : Natalia de Froberville
La Reine des Arachides : Alexandra Surodeeva
La Reine des Flocons : Alexandra Surodeeva
La Princesse : Natalia de Froberville
Le Prince : Ramiro Gomez Samon

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