« B comme… », Nicolas Le Riche, Ballet de l’Opéra de Bordeaux

Bis repetita placent. Déjà venu la saison passée créer pour six danseurs du Ballet de l’Opéra national de Bordeaux Sur la Grève… , Nicolas Le Riche, devenu entre temps directeur du Ballet Royal de Suède après avoir renoncé à briguer la succession de Charles Jude, était à nouveau à l’affiche avec un nouvel opus, B comme… .

B comme quoi, d’ailleurs ? Comme Barrère, comme Bordeaux, comme Ballet et, évidemment, comme Bach répond le chorégraphe. C’est en effet sur le très baroque - encore un B possible ! - concerto pour clavecin du kapellmeister allemand qu’il a conçu sa pièce, qu’interprètent avec un juvénile enthousiasme dix-huit danseurs du Ballet de Bordeaux, et dont les costumes sont signés par Hubert Barrère, directeur artistique de la maison de couture Lesage.

D’emblée, Nicolas Le Riche assume un choix qui a la force de l’évidence : transposer dans la danse le merveilleux jaillissement de la musique de Bach. « J’avais envie de créer une pièce gaie, brillante, scintillante, frétillante », explique-t-il.

Pour ce faire il déploie, sur le terrain de jeu de la partition, toute la richesse d’un vocabulaire académique pimenté ça et là de postures contemporaines. Vêtus d’académiques puis de tutus aux couleurs pastels ou acidulées, les interprètes s’en donnent à cœur joie : ils passent d’une pirouette classique à un mouvement de break, traversent le plateau en courant ou rient en chœur, retrouvent par instants une gestuelle baroque pour enchaîner sur une figure contemporaine. Tout est permis, et c’est tant mieux, dans ce déferlement de jeunesse et de mouvements.

Galerie photo © Julien Benhamou

Les esprits chagrins pourront remarquer que, par moments, l’espace scénique manque de lisibilité, comme si Nicolas Le Riche s’était laissé dépasser par le nombre. Ou regretter que la pièce se contente d’être « une heureuse jubilation de la danse », selon la définition de son auteur, plutôt que de pousser plus avant la recherche de lignes et de style.

Mais on ne saurait bouder son plaisir tant il est agréable de voir en bonne forme - on pense au beau solo de l’étoile Sara Renda - une troupe qui, l’an passé, a traversé tant d’orages. En duos, trios, quatuors ou ensembles, tous les interprètes font preuve d’une vitalité réjouissante même si certains semblent encore un peu fragiles dans les placements ou l’expression. Manque de temps de répétition, peut-être, ou de maturité. Et l’on souhaite définitivement, en tout cas, que l’élan donné par cette création se poursuive bien au-delà de la saison.

Isabelle Calabre

Vu à Bordeaux le 2 mars 2018.

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