Atelier de Paris: Ruth Childs crée « Fantasia »

La jeune chorégraphe pratique une archéologie intime et mémorielle pour réinventer son rapport à la musique classique, revisitant ses souvenirs d’enfance. 

Dans Fantasia, la voie est toute tracée. Ruth Childs galope sur une diagonale. Elle avance, recule, tourne, se cabre, se détend, sautille, se laisse emporter par le tournoiement…  L’envol sur cette ligne droite est la conclusion de sa quête d’elle-même et d’un vocabulaire, à la fois inconnu et issu de ses jeunes années. Les musiques de Fantasia, de Beethoven à Casse-Noisette, ont bercé son enfance. « Mes parents m’emmenaient souvent à l’opéra et au concert », dit-elle. Fantasia  est donc « un plongeon dans les couches intimes de mes souvenirs physiques et émotionnels, déclenchés par la musique classique que j’écoutais enfant. »

Dans la première partie de son solo, Childs est entièrement à l’écoute de la musique et se laisse traverser par elle. Changeant de perruque et de maillot, elle passe d’une couleur à l’autre, comme pour incarner la poupée de son enfance. Laissant macérer les sons en son for intérieur, elle passe à une sorte de crise d’adolescence, où la musique se dissout, où les violons grincent et les trémolos se distordent. 

Chaque geste déclenche des sons intérieurs, préparés par le compositeur et bricoleur sonore Stéphane Vecchione qui a mis en place un système interactif selon lequel le corps de Ruth Childs devient une sorte d’antenne, à l’affût d’échos sonores intérieurs, venant d’une « mémoire mystérieuse » que la musique fait remonter en elle. 

« Entrant dans un espace vide, une chambre blanche, je convoque, joue, dialogue, incarne et lutte avec ces réminiscences musicales, utilisant de la couleur pour les ponctuer, les organiser dans un autoportrait abstrait », écrit la chorégraphe-interprète qui invente ici un vocabulaire personnel, ludique et intime. 

Quand elle se lance sur sa diagonale finale, les énergies et émotions évoquent celles qu’un chef d’orchestre transmet à ses musiciens. En travaillant sur cette création à New York, elle est de nouveau allée beaucoup au concert classique, pour observer les énergies qui circulent entre les interprètes et leurs chefs. 

Très sincère mais faussement naïve, Ruth Childs, que l’on voit à d’autres moments se projeter dans un avenir en ballerine, dessine une voie répétitive faite d’allers et de retours, sur laquelle on croise, furtivement, l’ombre de sa tante, Lucinda.

Mais elle travaille surtout en Suisse, et la création de Fantasia marque la première production partagée entre le CDCN Atelier de Paris et le Centre Culturel Suisse de Paris. Il y en aura d’autres, et c’est une bonne nouvelle...

Thomas Hahn

Spectacle vu le 12 novembre au CDCN Atelier de Paris

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