« Acosta Danza » aux Nuits de Fourvière

Aux Nuits de Fourvière, les soirées se suivent et ne se ressemblent pas. Du moins sous l’angle météorologique : après la douceur nocturne ayant présidé le 1er juin à l’ouverture - avec Folia de Mourad Merzouki -, la première de Acosta Danza s’est déroulée six jours plus tard sous un déluge incessant, qui n’a pourtant pas éteint l’ardeur du public venu assister à la représentation. Fidèle au mantra « on n’annule pas », l’équipe du festival avait pourvu les spectateurs de capes de protection made in China à l’étanchéité toute relative.

Fort heureusement la scène, elle, était à l’abri des trombes d’eau et malgré des températures plus que fraiches, les danseurs de la compagnie de Carlos Accosta ont donné à voir un bel aperçu de leurs talents. Le programme permettait de découvrir cinq pièces encore jamais vues en France : El cruce sobre el Niagara de Marianela Boan, Belles-Lettres de Justin Peck, Mermaid de Sidi Larbi Cherkaoui - interprété par Acosta lui-même avec sa partenaire Marta Ortega, Imponderable de Goyo Montero - une commande, comme le duo précédent, de Acosta pour la compagnie) et Twelve de Jorge Crecis.

Toutefois, plus que la réussite relative de tel ou tel opus, ce qui frappait derrière le rideau de pluie, c’était la virtuosité des douze interprètes, leur condition athlétique ‘à la cubaine’, en particulier les garçons, mais aussi leur aptitude à épouser les codes de chacun des différents chorégraphes.

De la danse à Cuba, on a en effet une image plutôt très classique, à l’aune du rayonnement de sa plus illustre représentante, Alicia Alonso, directrice en titre du Ballet national. Élève de l’Ecole nationale du Ballet cubain avant d’entamer une fulgurante carrière de soliste à l’English National Ballet, Carlos Acosta a d’ailleurs dansé également pendant deux ans dans la compagnie cubaine. Star adulée depuis 2003 du Royal Ballet - dont il reste aujourd’hui coach -, il est rentré il y a trois ans à Cuba avec la volonté de créer une école et une compagnie de danse ouvertes aux expressions chorégraphiques du XXIe siècle.

Pour autant, ceux qui y sont formés reçoivent aussi une solide technique académique, ce dont témoignait la deuxième pièce de la soirée - une agréable variation néoclassique et sur pointes de Justin Peck -, tandis que la dernière à l’inverse - un joyeux lancer de bouteilles d’eau (décidément !) signé Jorge Crecis - mettait en avant leur aptitude à épouser le répertoire contemporain.

De quoi donner envie, en tout cas, de suivre cette jeune troupe et son directeur dans leurs prochaines aventures.

Isabelle Calabre

Vu à Fourvière le 7 juin 2018

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