19e Biennale de Danse du Val-de-Marne : « Danses exposées »

Du 1er mars au 1er avril, la Biennale présente 33 spectacles dans 25 lieux, en Val-de-Marne et au-delà.

Danses exposées, en raison des liens qui se développent de plus en plus, entre la danse et les arts plastiques ou visuels, à travers les musées (Dancing Museums) et les intérêts picturaux des chorégraphes (Klimt vs Schiele dans Stil de Christian Ubl), mais aussi parce que la danse est exposée au brouhaha du monde, lequel devient de plus en plus agressif. On le sait déjà, quel que soit le résultat des prochaines élections, rien ne pourra en sortir qui soit favorable au spectacle vivant. Et la danse sera encore plus exposée aux intempéries politiques. 

Briqueterie et territoire

Au sud-est de Paris, discrètement niché entre Vincennes et l’aéroport d’Orly, le Val-de-Marne existe aussi grâce à con CCN et son CDC. Si la Biennale de Danse du Val-de-Marne était lyonnaise, elle serait médiatisée dans le monde entier.   Mais sa mission est de consolider la place de la danse dans les programmations pluridisciplinaires des théâtres du département, ainsi que chez les quelques lieux partenaires dans les départements voisins. La 19e édition collabore également avec le Louvre, La Villette et le CDC Atelier de Paris.

Sa mission d’irriguer le territoire, organisant pour certains spectacles de petites tournées, n’est comparable qu’à des festivals comme Steps en Suisse qui se déploie dans toutes les régions du pays. Ce festival joue donc un rôle non négligeable dans la constitution d’une identité territoriale, tout comme les festivals de danse de Montpellier, Lyon ou Biarritz...

Mais la Biennale a son fief, La Briqueterie, à Vitry-sur-Seine, projet initié, comme la Biennale, par Michel Caserta. Ce haut lieu de la mémoire industrielle et ouvrière accueillera les spectacles de Marie Chouinard, Radhouane El Meddeb, Vincent Mantsoe, Jeannot Kumbonyeki, Kettly Noël, Boris Charmatz, Frank Micheletti et Maud Le Pladec.

On y verra donc une partie du focus consacré à la danse contemporaine d’Afrique qui scelle par ailleurs les retrouvailles de Salia Sanou et Seydou Boro dans la reprise de leur premier succès, Figninto, l’œil troué. Et chacun sera présent avec ses propres projets.

Les créations

Catherine Berbessou avait imprimé une marque indélébile dans le paysage chorégraphique à partir de 1996, avec ses spectacles débordants de passion et de sensualité, où le tango argentin se vit comme un langage sachant dialoguer avec la danse contemporaine. Avec Tu, el cielo y tu, elle promet de raviver cette flamme, dans une création pour dix danseurs.

Sébastien Laurent, ancien interprète de Toméo Vergès, entre en dialogue avec la pianiste Claudine Simon en créant SOLI.DES , pour « (re)faire l’expérience du corps comme corps-je, comme corps-moi pour réaffirmer son identité ». Un peu de concret dans un monde de plus en plus virtuel !

Anne Collod ne dirait pas autre chose, puisqu’elle se confronte, avec une création in situ, à la chaufferie de Fontenay-Sous-Bois, qui n’a rien à voir avec celle, à Saint-Denis qui a été transformée en lieu de danse pour la compagnie de Philippe Decouflé. Ici, c’est une création in situ où Anne Collod invite à une visite chorégraphique, inspirée de butô et de pionnières de la danse contemporaine comme Anna Halprin, Trisha Brown ou Simone Forti. Un événement unique !

Les évasions

La danse est, naturellement, une invitation à voyager et à s’ouvrir sur des ailleurs. C’est vrai pour Berbessou, pour tous les spectacles qui viennent de la dernière Triennale Danse l’Afrique Danse (lire notre article), pour un voyage dans la tradition du Haut-Valais suisse (Tschägg de Lucie Eidenbenz) ou la grande époque du cinéma égyptien, évoquée par Radhouane El Meddeb dans Au temps où les Arabes dansaient… (lire notre article), pour revenir à un Tour du monde des danses urbaines avec Dalila Cortes dans une conférence très dansée conçue par Ana Pi, Cecilia Bengolea et François Chaignaud.

Mais un ailleurs meut se cacher tout près, ou même à l’intérieur de nous, comme le démontre Denis Passard avec Albertine, Hector et Charles, pièce pour trois danseurs-manipulateurs, trois mannequins de taille humaine et trois voix bien vivantes.

De la Marne à la Seine

Soule rit / Souffle danse, projet participatif de Salia Sanou avec le trompettiste Laurent Blondiau fera un tour à la Grande Halle de La Villette (en extérieur) et les formes courtes de Yoann Bourgeois qui s’exposent dans Tentatives d’approche d’un point de suspension ne passent pas seulement à la Biennale mais, plus tard, aussi à l’Espace Cardin du Théâtre de la Ville. Plus près encore de la Seine, le Louvre, où aura lieu le colloque international autour de Dancing Museums.

A Boris Charmatz de tisser des liens entre la Biennale et l’Opéra de Paris, où il remonte A bras le corps pour le Ballet de l’Opéra, qu’il interprète lui-même avec son camarade originel Dimitri Chamblas, à La Briqueterie. Et 20 danseurs pour le XXe siècle, récemment donné avec les membres du Ballet de l’Opéra, sera au MAC VAL de Vitry, dans une distribution pour laquelle sont annoncés des vedettes comme Raphaëlle Delaunay, Mithkal Alzghair, Nadia Beugré, Dimitri Chamblas, Ashley Chen, Yves-Noel Genod, Samuel Lefeuvre…

Thomas Hahn

Toute la programmation:

http://www.alabriqueterie.com/fr/biennale-de-danse/agenda-biennale.html

Lire notre interview de Daniel Favier au sujet de la 19e édition.

Autres spectacles de la Biennale déjà chroniqués sur Danser Canal Historique:

Radhouane El Meddeb : À mon père, une dernière danse et un premier baiser

Chris Haring : Liquid Loft

Mossoux-Bonté :  A Taste of Poison et Vice versa

Maud Le Pladec : Moto Cross et Concrete

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