Pascal Rambert : Memento Mori

C’est avant l’injonction biblique. Avant la lumière, donc. Avant la lumière, sa vitesse,  son apparition, son aveuglement, avant tout.  Memento Mori, souviens-toi que tu vas mourir. Mais à n’être pas né, pas encore dans le dédoublement que provoque le voir, pas encore alors dans le langage, n’éloigne-t-il pas l’échéance ? C’est dans cette obscurité totale que naît la danse, surgie d’on ne sait quel gouffre, froissant l’espace d’un geste, laissant jaillir le temps qui palpite, ce qui n’est pas advenu.
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On pressent les danseurs, leur souffle, dans les ténèbres savamment orchestrés d’Yves Godin. Et avec l’aube de l’humanité on commence à distinguer ces corps, ombres furtives puis halos mouvants, présence vacillante entre aperçue ou rémanence rétinienne. Qu’a-t-on vraiment vu ? Imaginé ? Rêvé ? Traces invisibles d’un mouvement qui n’en finit pas… Et puis la lumière se fait plus persistante et nimbe d’un or éteint des dos, des fesses et ces fruits qui s’entremêlent, comme sortis d’un tableau du XVIIe siècle avec corne d’abondance, satyres joufflus et grappes de raisin. Et soudain la scène explose ou plutôt exulte de ces corps enlacés, de ces formes épanouies avant que, Memento Mori, tout cela ne disparaisse, les ultimes sucs léchés doucement puis en vitesse, comme des grands chats qui vont dormir avant que la nuit ne recommence...
Magnifique.
Agnès Izrine
27 mars 2013 - Théâtre de Gennevilliers.
conception, réalisation : Pascal Rambert
collaboration artistique : dispositif scénique et lumière, Yves Godin
création musicale : Alexandre Meyer
assistant à la mise en scène : Thomas Bouvet
performers :
Elmer Bäck
Anders Carlsson
Lorenzo De Angelis
Jakob Ohrman
Rasmus Slatis

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