Carolyn Carlson et Eva Yerbabuena

Carolyn Carlson dans Dialogue avec Rothko@L. Paillier

Le 26 juin, dans le cadre de la Biennale de Flamenco au Théâtre national de Chaillot, nous verrons un duo totalement inédit entre Carolyn Carlson et Eva Yerbabuena. Pour avoir vu une répétition en préparation de cette expérience unique, nous pouvons annoncer un événement exceptionnel. C’est au Colisée de Roubaix, après seulement deux jours de travail en commun, que la directrice du CCN et la star espagnole se sont livrées à l’exercice de l’entretien croisé. 

Avez-vous déjà travaillé ensemble ? 

E.Y. Carolyn m’avait invitée quand elle était la directrice artistique de la Biennale de Venise. Cela m’a permis de la connaître et de l’apprécier, mais ici c’est la première fois que nous travaillons ensemble.

Comment fonctionne la création à deux entre vous ? 

C.C.  Ca marche parfaitement bien, puisque nous sommes toutes les deux à l’écoute de l’autre. Chacune fait des propositions chorégraphiques. Et la musique qui est fantastique nous aide aussi. Et comme la musique est une création, tout est spontané dans notre projet.

E.Y.  C’est vrai, nous partons toutes les deux de la musique et la musique est aussi importante en danse contemporaine qu’en danse flamenca pour stimuler la créativité.

Pour vous, la danse de Carolyn est-elle du même monde ou d’un autre monde ?

E.Y. Je dis toujours que chaque personne est un monde en soi qui a son propre langage. Mais il est vrai aussi que chacun de ses mondes ne peut s‘extraire au monde.

Ce duo est-il fait pour démarquer les deux mondes ou pour les unir ? 

C.C.  Pour les réunir, bien sûr! Eva est intéressante parce qu’elle passe à travers les frontières.       Nos techniques se distinguent, mais nous les mettons ensemble, en toute complicité. Ca marche aussi parce qu’Eva est elle-même chorégraphe. Même si je n’essayerai jamais de danse le flamenco et qu’Eve n’essayera jamais d’imiter mon style. Essayez donc de me mettre des chaussures de flamenco et de me faire faire un zapateado (rires).

Eva Yerbabuena@D.R.

E.Y.  Notre langage est le corps en mouvement et c’est à travers lui que nous devons exprimer ce que nous ressentons. Pour ma part cela se situe à l’intérieur des trois piliers de la culture flamenca, à savoir la musique, le chant et la danse. Mais il s’agit pour moi d’être ouvert à la forme, l’intention ou la personnalité de Carolyn.

La danse de Carolyn incarne plutôt l’air, le flamenco est tellurique. On pourrait aussi les opposer comme l’eau et le feu ou la spiritualité et la tradition populaire d’une expression directe, sans détour.

C.C.  C’est justement pour cela qu’il est intéressant que nous travaillions ensemble. Il s’agit de donner à voir les quatre éléments. Et le flamenco parle de souffrance pour la traduire directement dans les mouvements. Mais au bout du compte, la gravité du flamenco est un point de départ nécessaire pour atteindre la légèreté et la luminosité de ma danse.

Qu’avez-vous pu découvrir à travers ce travail ? 

E.Y. Il me faut encore du temps pour laisser les choses décanter et pouvoir mesurer ce que cette expérience m’apportera. Elle m’apportera beaucoup, j’en suis sûre.

C.C  J’ai la responsabilité de respecter la technique d’Eva, sans aller sur son terrain, et c’est nouveau pour moi. Mais nous travaillons toutes les deux beaucoup sur les bras, dans des approches assez semblables. Sauf que, quand je bouge le bras, je suis rapide. Je suis connue pour ça. Mais ce n’est rien en comparaison avec elle! (rires) Il est intéressant aussi d’observer que nous travaillons toutes les deux dans la verticale, mais sans jamais lever la jambe au ciel.

Comment évitez-vous que l’une prenne le dessus sur l’autre ? 

C.C.  Nous sommes assez humbles toutes les deux. Personne ne veut faire la star ou se tirer la couverture. Nous sommes là toutes les deux pour servir ce travail. Et donc, ça fonctionne, justement parce que nous sommes si différentes. Pour chacune d’entre nous il est intéressant d’observer l’autre.

E.Y.  Il y a toujours un moment où il y a un temps d’attente et alors, Carolyn m’entraîne dans un mouvement. A chaque fois c’est un vrai soulagement pour moi. J’en ai besoin. Mais la même chose peut se produire dans l’autre sens.

J’ai l’impression qu’Eva prend souvent le devant, alors que vous, Carolyn, rétablissez l’équilibre des forces par derrière, de façon subtile. 

C.C. C’est parce que je respecte tant le flamenco avec sa puissance et sa musique. Donc, j’aime être dans une position d’observatrice et soutenir cette force de façon détournée. C’est comme vous disiez, elle est le feu, je suis l’eau. Je ne veux pas me brûler. (rires)

Propos recueillis par Thomas Hahn

 

Biennale d’art flamenco, du 19 au 29 juin 2013

Au même programme « Rencontre »,  le 26 juin à 19h30 : Duo d’Andres Marin et Kader Attou.

http://theatre-chaillot.fr/festival/biennale-art-flamenco

Théâtre National de Chaillot
1 place du Trocadéro 75116 Paris - M° Trocadéro
01 53 65 30 00
www.theatre-chaillot.fr

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