3 questions à... Pascal Rambert

Qu’est-ce que la danse a changé pour vous ?

Je pourrais répondre tout. Ce qui m’a fait bifurquer, c’est 1980 de Pina Bausch. Soudain tout devenait possible. Je croyais m’en souvenir à vie. En la revoyant l’an dernier je me suis aperçu que je l’avais entièrement réinventée. Peu importe. Elle m’a mis dans une position philosophique, elle m’a montré que le spectacle vivant pouvait être tellement différent, tellement plus riche que ce que j’imaginais dans ma ville de province. Ça m’a fait un vrai choc.

Mais en réalité, j’ai vraiment hésité. Je prenais des cours de danse car j’avais suivi une danseuse dont j’étais amoureux. Et puis j’ai travaillé avec Nadia Croquet, elle me poussait à être chorégraphe, j’ai été à un cheveu de passer le Concours de Bagnolet mais j’ai continué à écrire.  Ma première pièce, Désir, en 1984, durait 3 ou 4 heures, était très proche de ce que je fais aujourd’hui et très imprégnée de danse…

Pour résumer ça m’a enrichit, ça a tout changé, ça m’a sorti de la vision étriquée du théâtre français post-brechtien. Ça a été la délivrance. Je ne suis pas chorégraphe mais ça ne m’empêche pas de me poser la question de ce que peut-être le mouvement, le corps… Ça me fait du bien.

Quel est, selon vous, le plus grand chef-d’œuvre chorégraphique ?

J’en citerais trois,  qui se répartissent sur une ligne de temps.

Nelken, c’est l’abîme. Dans la Cour d’Honneur, Anne Martin en culotte avec son accordéon représente pour moi la beauté absolue. C’est la matrice de tout ce que j’ai fait ensuite.

 

Impressing the Czar, immense pièce de Forsythe que j’ai dû voir au moins trois fois. 0 New York, à Montpellier et à Chaillot… aussi forte à chaque fois.

Et puis Enfant de Boris Charmatz. Franchement, le travail de Boris est celui que j’ai le plus de plaisir à voir en ce moment.

Ah, et le Défilé du Corps de Ballet de l’Opéra de Paris. J’ai adoré ça. Il n’y a aucun sujet, rien d’autre que la chose elle-même, de la présence. Je me souviens de cette descente, de cette danse réifiée. C’est un beau souvenir.

Et le chef-d’œuvre qui vous endort ?

Ça ne m’arrive pas. Je suis toujours hyper réveillé, à scruter chaque détail Mais oui, il y un spectacle qui peut endormir au sens littéral, c’est le Nô. C’est du Japonais ancien, un chef-d’œuvre absolu, hypnotique. Il y a alors endormissement au théâtre du réel, avec ces fantômes qui sortent des puits, ces jeunes filles qui apparaissent sur des chemins… ça provoque un état de soi qui va à l’endormissement car c’est un branchement avec les morts. Le Nô est fait pour toucher à une beauté intérieure qui sort quand on somnole. Chaque fois que je me rends au Japon j’y vais, ça me nettoie.

Propos recueillis par Agnès Izrine

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